Vidéo du pape : en ce mois de janvier, François appelle à la fraternité interreligieuse.

Le blog de Jeanne Smits

Comme tous les mois, le pape François a publié début janvier son « intention de prière » sous la forme d’une courte vidéo destinée à tous, et spécialement, vu son format, aux catholiques du rang soucieux de s’unir à la prière de l’Eglise. « La Vidéo du pape » propose en ce début de 2021 de prier « au service de la fraternité », dans la droite ligne de l’encyclique Fratelli Tutti et de la Déclaration d’Abu Dhabi – et dans un évident syncrétisme qui n’a sans doute jamais été aussi visible dans sa simplicité et dans sa concision.


C’est en un message de moins de 160 mots que François lance son appel à prier comme et avec tous les croyants, au moyen d’une iconographie qui met en avant les différences religieuses et qui les valorise.

Après les premières images du pape, qui s’exprime en son espagnol natif bien argentin, on voit ainsi une femme qui égrène pieusement son chapelet. Sans transition, on passe à une jeune musulmane voilée qui accomplit sa prière rituelle sur un tapis ; quelques secondes plus tard, c’est au tour d’un juif de se balancer, calotte sur la tête et talit – châle rituel – sur les épaules.
 
Les trois « orants » envoient ensuite (s’envoient mutuellement, sans doute) un smiley « prière » depuis leurs téléphones portables et se retrouvent peu après, masqués, pour servir une soupe populaire (apparemment végétarienne, composée de pois chiches chauds !) à des démunis de type caucasien.
 
L’idée ? Ayant prié chacun ce Dieu qui nous fait tous « frères et sœurs », les protagonistes de la vidéo sont prêts pour une charité qu’ils dispenseront de concert et sans distinction de foi ni de personnes. De là à comprendre qu’ils adorent le même Dieu, qui les anime d’un même amour fraternel, il n’y a qu’un pas que la vidéo cherche à faire franchir à son public.
 
Ainsi l’exprime la bande son, par la voix du pape François :
« En priant Dieu à la suite de Jésus, nous nous unissons en tant que frères et sœurs à ceux qui prient selon d’autres cultures, d’autres traditions et d’autres croyances. 
« Nous sommes des frères et sœurs qui prient. 
« La fraternité nous amène à nous ouvrir au Père de tous et à voir dans l’autre un frère, une sœur avec qui partager la vie, se soutenir, s’aimer, se connaître. »
 
Il s’agit bien d’une prière d’union, d’une prière qui possède des caractéristiques communes en ce qu’elle s’adresse à un même Père et qu’elle émane d’une seule famille, celle des êtres humains parmi lesquels les différentes croyances sont signes d’une distinction, mais non d’une séparation fondamentale. L’idée de « frères dans la foi » – ceux « surtout » envers lesquels  saint Paul disait qu’il fallait faire le bien – disparaît ; tout comme l’idée que nous devenons enfants de Dieu, et donc, frères et sœurs, par le baptême qui efface en nous la trace du péché originel et nous arrache à la puissance du mal.
 
Si bien que la plus grande marque de charité envers ceux qui ne partagent pas notre foi n’est pas de leur dire qu’ils adorent avec nous un même Dieu, mais de prier et d’agir – chacun selon ses dons propres – pour qu’ils deviennent réellement comme nous enfants du Père dans le corps mystique du Christ !
 
Mais dans sa vidéo, le pape affirme plutôt :
 
« L’Eglise valorise l’action de Dieu dans les autres religions… »
Ce qui n’est pas exactement la même chose que de dire que le Saint Esprit souffle où Il veut pour attirer les hommes à la vraie foi, à l’adoration en esprit en vérité. Au contraire, dire cela revient à affirmer que Dieu agit dans les autres religions, à travers elles, en voulant leur diversité comme le dit explicitement la Déclaration d’Abu Dhabi, et fait comprendre au quidam qui jamais ne la lira que c’est très bien d’être musulman ou autre chose pour atteindre la charité : l’amour de Dieu et des frères.
 
Immédiatement, le texte poursuit :
 
«… sans pour autant oublier que pour nous chrétiens, la source de dignité humaine et de fraternité se trouve dans l’Évangile de Jésus-Christ. »
Je me souviens de l’agacement du très regretté Jean Madiran lorsqu’il voyait sous la plume d’un prélat l’expression « pour nous chrétiens » avant l’affirmation d’une vérité de la foi, parce que c’est déjà une forme d’expression relativiste. Le pape est ou devrait être par excellence celui qui nous fortifie dans la foi, non en affirmant ce que nous pensons ou savons comme chrétiens, tandis que d’autres ont d’autres croyances, mais ce que nous savons et croyons parce que nous le tenons de la Révélation, de celui qui est personnellement et divinement la Voie, la Vérité et la Vie. La source de notre fraternité est que nous sommes en Jésus-Christ et par le Saint-Esprit les enfants du Père éternel – et notre Dieu est Trinité, un seul Dieu en trois Personnes.
 
Dire cela ne serait-il donc plus un scandale et un blasphème du point de vue des musulmans, pour ne parler que d’eux ? Bon, il est vrai que dans ce type d’occurrences, le pape François ne parle guère de la Sainte Trinité…
 
Au contraire – si je puis dire – il poursuit :
« Nous les croyants devons retourner à nos sources pour nous concentrer sur l’essentiel. L’essentiel de notre foi, l’adoration de Dieu et l’amour du prochain. »
Nous les croyants : les catholiques ? Vous n’y êtes pas du tout. Pendant que le pape prononce ces mots, on voit la jeune musulmane plier son tapis, lire son texto, et poser son téléphone près du coran ; puis c’est au tour du juif de recevoir le SMS, après quoi les trois se retrouvent à leur rendez-vous pour installer leur soupe populaire.
 
A chacun, donc, de se concentrer sur les racines de sa propre croyance pour arriver à une action commune : où la fraternité et la coopération deviennent le but recherché, et la recherche de la vérité et l’obtention du salut par la foi au vrai Dieu, Un et Trine.
 
Conclusion :
« Prions pour que le Seigneur nous donne la grâce de vivre en pleine fraternité avec nos frères et sœurs d’autres religions, en cessant de nous opposer, et en priant les uns pour les autres, ouverts à tous. »
Message reçu.
 
Mais pour faire bonne mesure, le site « thepopevideo.org » propose le communiqué de presse qui accompagne cet « appel à la fraternité », appel à s’unir « en tant qu’êtres humains, en tant que frères et sœurs, « à ceux qui prient, chacun selon sa propre tradition, selon ses propre croyances ».
 
Et le P. Frédéric Fornos, jésuite – ce sont les jésuites qui depuis 1844 animent le Réseau mondial de la prière – commente :
« Après une année 2020 marquée par l’impact de la pandémie, tant sur le plan sanitaire que sur le plan socio-économique, il est particulièrement important que cette intention du Saint-Père nous aide à nous percevoir réellement comme des frères et sœurs sur le chemin de la paix, devenue de plus en plus nécessaire. Pour François, le rôle des religions est fondamental dans ce but ; c’est ce qu’il a signifié en signant le Document sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, avec le Grand Imam d’Al-Azhar Ahmad Al-Tayyeb. Un peu plus d’un an plus tard, il développe plus profondément ses idées dans sa dernière encyclique, Fratelli tutti, notamment au chapitre 8 : “Les différentes religions, par leur valorisation de chaque personne humaine comme créature appelée à être fils et fille de Dieu, offrent une contribution précieuse à la construction de la fraternité et pour la défense de la justice dans la société.” Puissions-nous, au nom de Dieu qui nous a créés tous égaux en droits, en devoirs et en dignité, et qui nous a appelés à vivre ensemble en frères et sœurs, favoriser cette fraternité afin de faire face ensemble aux défis du monde et de notre “maison commune”. La fraternité, qui respecte et valorise la diversité, est le style du Royaume de Dieu. »

Il faut une belle dose de naïveté, d’ignorance ou de mystification pour oser dire que les différentes religions valorisent chaque personne humaine comme créature appelée à être fils et fille de Dieu… Quant à ce Royaume de Dieu fait de la diversité des croyances, il me semble qu’il passe assez largement à côté de la vérité, mais il est vrai que celle-ci est éclipsée par l’égalité et la fraternité.
 
Tout cela ne se conçoit, fondamentalement, que dans la relation horizontale à la « maison commune » et dans la valorisation d’une fraternité tout aussi horizontale. Encore un peu, et la fraternité des hommes sera définie comme le fait d’être enfants d’une même… Terre-Mère.