Dévotion au Sacré-Cœur de Jésus

ADELANTE LA FEParPère Jorge Luis Hidalgo

Nous présentons ici une petite exposition, où nous parlons de l’importance de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus.

La dévotion est le principal acte interne de la vertu de la religion. Comme le dit saint Thomas, elle consiste en “la disposition de la volonté à se donner aux choses qui appartiennent au service de Dieu”. Le culte que nous devons à Dieu est un acte d’adoration ou latria, qui appartient à l’essence de la nature humaine, et c’est pourquoi le Seigneur l’a promulgué dans le premier commandement du Décalogue.

Puisque Jésus-Christ est le “Médiateur entre Dieu et les hommes” [1 Timothée 2:5], il est le moyen sans lequel personne ne peut être sauvé. Par la volonté de Dieu, la Sainte Vierge, bien qu’elle soit une simple créature, est néanmoins l’instrument que le Seigneur a voulu utiliser pour régner plus facilement dans le monde, comme le dit Saint Louis Marie Grignion de Montfort. 2] Les autres actes de piété envers les saints ne sont pas des préceptes, mais sont distincts d’eux, l’un par nature et l’autre par la règle de la Divine Majesté de Dieu.

La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus est le remède pour notre époque, qui est tombée dans le relativisme doctrinal et la tiédeur spirituelle.

En premier lieu, pour combattre le relativisme, il n’y a rien de mieux que le Cœur du Christ. En l’adorant, nous professons la foi dans les dogmes se référant à Notre Seigneur, dans le passé, dès son apparition, et nous prévenons les erreurs modernes. Et, pour le prouver, nous citerons les paroles des Souverains Pontifes à ce sujet.

Pour éviter les erreurs du passé, nous donnons au Coeur du Seigneur le culte d’adoration propre à la Divinité. Ainsi nous professons qu’Il est une seule Personne Divine, avec deux natures, humaine et divine. En effet, le pape Pie XII dit : “La Parole de Dieu n’a pas pris un corps illusoire et fictif, comme osaient déjà l’affirmer, au premier siècle de l’ère chrétienne, certains hérétiques qui ont tiré la sévère condamnation de l’Apôtre Jean : “Car beaucoup d’imposteurs sont sortis dans le monde, ceux qui ne confessent pas Jésus-Christ comme le Messie venu dans la chair. Nier cela, c’est être un imposteur et l’antéchrist. En réalité, Il a uni à Sa Personne Divine une nature humaine individuelle, intégrale et parfaite, conçue dans le sein le plus pur de la Vierge Marie en vertu de l’Esprit Saint. Il ne manquait donc rien à la nature humaine qui était unie par la Parole de Dieu. Il l’a assumée pleinement et intégralement tant dans ses éléments constitutifs spirituels que corporels, à savoir : doté d’intelligence et de volonté ; de toutes les autres facultés cognitives, internes et externes ; doté également des pouvoirs affectifs sensibles et de toutes les passions naturelles. C’est ce qu’enseigne l’Église catholique, et c’est ce que sanctionnent et confirment solennellement les Pontifes romains et les Conciles œcuméniques : Tout en ses propriétés, tout en nous ;[3] parfait dans la divinité et Lui-même parfait en humanité ;[4] tout Dieu [a fait] l’homme, et tout homme [subsiste en] Dieu.

Nous pouvons ajouter ce que dit le pape Pie XI, que la nécessité de réparer le Coeur douloureux du Seigneur pour notre ingratitude et notre mépris s’oppose à l’erreur du naturalisme, qui croit que l’homme est un “bon sauvage”, à la manière de Rousseau, où l’existence et les conséquences du péché originel sont niées. Contre cette erreur, le dit Souverain Pontife dit : “Ce devoir d’expiation incombe à toute la race humaine, car après la misérable chute d’Adam, elle aurait dû être précipitée dans la ruine éternelle, comme nous l’enseigne la foi chrétienne, infidèle comme elle l’était de la souillure héréditaire, soumise aux convoitises et misérablement dépravée. Cela est certainement nié par les arrogants de notre temps, qui suivent l’ancienne erreur de Pélage, et qui répandent une vertu si innée dans la nature humaine qu’elle s’élève continuellement de plus en plus haut par sa propre puissance ; mais l’Apôtre rejette ces fausses inventions de l’arrogance humaine et nous rappelle que nous étions par nature les enfants de la colère [Eph. 2:3].

Pour corriger les erreurs de l’époque, le Sacré-Cœur se manifeste à Sainte Marguerite-Marie afin que les hommes ne tombent pas dans le jansénisme, qui les empêche de recevoir les sacrements. Pie XI dit aussi : “Car, comme Dieu a voulu autrefois qu’apparaisse à la race humaine, sortant de l’arche de Noé, un signe d’alliance amicale, l’arc-en-ciel visible dans les nuages [Gen. 2:14] De la même manière, dans les récents temps troublés, alors que se répandait la célèbre hérésie janséniste, la plus sournoise de toutes, ennemie de l’amour et de la piété pour Dieu, prêchant que Dieu ne doit pas tant être aimé comme un père que craint comme un juge implacable, le très bénin Jésus a manifesté son Coeur très sacré aux nations comme une bannière de paix et de charité, et comme un signe avant-coureur d’une victoire incontestable dans la bataille.

Contre les hérésies de notre époque, une véritable dévotion au Sacré-Cœur nous met en garde contre les récentes erreurs du libéralisme, du communisme et du modernisme, qui, selon le Père Castellani, sont les trois esprits qui jaillissent de la bouche de l’antéchrist.

Contre le libéralisme, le pape Léon XIII a écrit : “Précisément en ces derniers temps, tous les efforts ont été faits pour servir de médiateur comme un mur entre l’Église et la société civile. Dans la constitution et le gouvernement des peuples, l’autorité du droit sacré et divin est méprisée, avec l’intention que la religion n’influence pas le moins du monde la manière d’être de la vie ordinaire. Cela revient presque à faire disparaître la foi du Christ, et à bannir Dieu lui-même de la terre, si possible. …] D’où la violence des maux qui sont depuis longtemps si profondément enracinés parmi nous et qui nous poussent vigoureusement à rechercher l’aide du seul dont la vertu peut les éloigner de nous. Et qui cela peut-il être, en dehors de Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu ? Car il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné parmi les hommes par lequel nous devons être sauvés.

Le pape Pie XII a mis en garde contre les trois erreurs réunies, à savoir le libéralisme, le communisme et le modernisme : “Il y a aussi ceux qui, considérant qu’un tel culte exige avant tout la pénitence, la réparation et les autres vertus qu’ils appellent passives, puisqu’elles ne produisent pas de fruits extérieurs, ne le jugent pas apte à raviver la piété spirituelle de notre temps, qui doit plutôt orienter ses efforts vers une activité ouverte et intense, [à savoir] vers le triomphe de la foi catholique, et vers la défense courageuse de la morale chrétienne ; Cette morale, bien sûr, qui aujourd’hui, comme chacun le sait, est facilement infiltrée par les sophismes fallacieux des indifférents, qui théoriquement et pratiquement ne reconnaissent pas de critères pour distinguer le vrai du faux, est aussi misérablement affligée par les principes du matérialisme dit athée et de la laïcité.

Le mépris pour les soi-disant “vertus passives” a commencé avec l’américanisme, condamné par le pape Léon XIII [12], et a été repris par le modernisme, condamné par le pape Saint Pie X, dans son encyclique Pascendi [13].

Le matérialisme est le nom sous lequel le pape Pie XI a appelé le communisme, le condamnant. Il n’y a plus de place pour l’idée de Dieu”[14].

La laïcité est le libéralisme, condamné plus largement par le pape Léon XIII dans de nombreux écrits, parmi lesquels se distingue l’encyclique Libertas, où il explique que l’erreur fondamentale “réside dans une idée erronée et adultérée de la liberté” [15].

En second lieu, pour supprimer la tiédeur spirituelle, il n’y a rien de mieux que la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Saint Thomas dit qu'”aucun exemple de vertu n’est absent de la Croix” [16]. Comme le dit saint Bonaventure, cité par le pape Pie XII : “C’est pourquoi il a été blessé (votre Cœur), afin que, par la blessure visible, nous puissions voir la blessure invisible de l’amour” [17].

Face au mépris de l’Amour de Dieu, où la Foi est méprisée et ridiculisée ; face à l’indifférence de ceux qui vivent comme si Dieu n’existait pas, et qui se préoccupent désormais davantage de la santé du corps que de celle de l’âme ; face à la haine que tant de personnes professent publiquement contre Dieu et sa Sainte Loi, jamais mieux ne se souviendra-t-on de ces paroles de Pie XI : “Il vient comme pour mettre fin à ces maux, déjà à l’inertie et à l’oisiveté de ceux qui, hésitant dans la foi, à la manière des disciples qui ont somnolé et fui, ont misérablement abandonné le Christ opprimé par l’angoisse ou entouré des satellites de Satan, et à la perfidie de ceux qui, ayant suivi l’exemple du traître Judas, soit communient sacrilègement, soit fuient dans le camp des ennemis. Ainsi, même l’esprit indisposé pense que les temps annoncés par Notre Seigneur approchent à grands pas : et puisque l’iniquité a abondé, la charité de beaucoup se refroidira [Mt. 24:12]. Et vraiment, tous les fidèles qui méditeront pieusement sur ces choses, brûlant de l’amour du Christ qui souffre beaucoup, ne manqueront pas d’expier avec une grande ferveur leurs propres péchés et ceux des autres, de restaurer l’honneur du Christ et de promouvoir le salut éternel des âmes.

La réparation de l’amour qui n’est pas aimé est l’obligation des âmes qui aiment. La communion de réparation les premiers vendredis du mois, l’heure sainte, le travail de diffusion de la dévotion aux Sacrés-Cœurs, l’intronisation de l’image du Sacré-Cœur dans les familles, etc. doivent être notre réponse à l’infinie charité du Seigneur, face à cette indifférence et à cette tiédeur spirituelle, qui préfigure l’approche de la dernière étape de l’Église, où la tiédeur abondera.

19] Nous concluons en plaçant la prière que le pape Léon XIII a formulée pour consacrer le monde au Sacré-Coeur, dans sa version originale :

“Jésus, très doux Rédempteur du genre humain, regarde-nous humblement prostrés devant ton autel ; nous sommes à toi et nous voulons être à toi, et pour t’être plus fermement unis, voici qu’aujourd’hui chacun de nous se consacre spontanément à ton Sacré-Cœur. Beaucoup, Seigneur, ne T’ont jamais connu ; beaucoup T’ont rejeté en violant Tes commandements ; ayez pitié les uns des autres, Jésus, et attirez-les tous vers Votre Saint Coeur. Sois roi, Seigneur, non seulement des fidèles qui ne T’ont jamais quitté, mais aussi des enfants prodigues qui T’ont abandonné ; fais qu’ils retournent bientôt dans la maison de leur père, de peur qu’ils ne périssent dans la misère et la faim. Soyez le Roi de ceux qui ont été trompés par des opinions erronées et désunis par la discorde ; amenez-les au port de la Vérité et de l’unité de la Foi, afin qu’il ne reste plus qu’un Troupeau et un Berger. Soyez le roi de ceux qui sont encore enveloppés dans les ténèbres de l’idolâtrie ou de l’Islam. Daigne les attirer tous dans la lumière de ton Royaume. Regarde enfin, avec des yeux de miséricorde, les enfants de ce peuple, qui étaient autrefois tes préférés ; que le sang que tu as autrefois réclamé contre eux descende aussi sur eux comme un baptême de rédemption et de vie. Accorde, Seigneur, à ton Église la sécurité et la liberté, accorde à tous les peuples la tranquillité de l’ordre ; que cette unique acclamation résonne d’un pôle à l’autre de la terre : “ÉLISEZ LE CŒUR DIVIN, POUR QUI NOUS AVONS ATTEINT LA SANTÉ ; À LUI LA GLOIRE ET L’HONNEUR, POUR LES DEUXIÈMES SIÈCLES. Ainsi soit-il” [20].

1] Saint Thomas, Summa Theologiae, II-II, 82, 1.

2] “Par la Bienheureuse Vierge Marie, Jésus-Christ est venu dans le monde et par elle, il doit aussi régner dans le monde. (St. Louis Marie G. de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 1)

[3] Saint Léon le Grand, Epist. Dogm. Lectis dilectionis tuae ad Flavianum Const. 13 juin 449.

4] Conseil de Chalcédoine, a. 451.

5] Saint Gélasius, Tract III : Necessarium de duabus naturis in Christo.

6] Pie XII, Car. Haurietis Aquas, n° 21.

7] Pie XI, Char. Miserentissimus Redemptor, n° 8.

8] Pie XI, Char. Miserentissimus Redemptor, n° 2.

9] Cf. Castellani, L, L’Apocalypse de Saint-Jean, Vortex, Bs.

10] Léon XIII, Voiture. Annum Sacrum, n° 9. 10.

11] Pie XII, Char. Haurietis Aquas, n° 7.

12] Cf. Léon XIII, Lettre Testem Benevolentiae au Card. 12] Cf. Léon XIII, Lettre Testem Benevolentiae au Cardinal Gibbons, 22 janvier 1899.

13] Voir Saint Pie X, Sacré-Cœur de Jésus. Pascendi Dominici Gregis, n° 37.

14] Pie XI, Lettre à la Congrégation du Sacré-Coeur de Jésus. Divini Redemptoris, n° 9.

15] Léon XIII, Char. Libertas Praestantissimum, n° 1.

16] St. Thomas, Collatio 6 super Credo in Deum.

17] Pie XII, Char. Haurietis Aquas, n° 44, citant Saint Bonaventure, Opuscule. Vitis mystica, c. III, n. 5.

18] Pie XI, Char. Miserentissimus Redemptor, nn. 19-20.

19] Cf. Castellani, L, L’Apocalypse de Saint-Jean, Vortex, Bs.

20] Léon XIII, Voiture. Annum Sacrum, n° 14.