Observation du 70e anniversaire de la Proclamation de l’Assomption

1P5 – Massimo Scapin

Le dimanche 1er novembre a marqué le 70e anniversaire de la proclamation du dogme de l’Assomption de Marie. Le 1er novembre 1950, en effet, Pie XII, au cours d’une année jubilaire mémorable – la première à l’époque des médias – a accompli cet acte solennel sur la place Saint-Pierre, en promulguant la Constitution apostolique Munificentissimus Deus.

Le Pape y déclare

[L]a vénérée Mère de Dieu, de toute éternité, s’est unie de façon cachée à Jésus-Christ dans un seul et même décret de prédestination, immaculée dans sa conception, vierge la plus parfaite dans sa maternité divine, noble associée du divin Rédempteur qui a remporté un triomphe complet sur le péché et ses conséquences, finalement obtenu, comme l’aboutissement suprême de ses privilèges, qu’elle soit préservée de la corruption du tombeau et que, comme son propre Fils, après avoir vaincu la mort, elle soit élevée corps et âme à la gloire du ciel où, en tant que Reine, elle siège dans la splendeur à la droite de son Fils, le Roi immortel des âges (Munificentissimus Deus, 40).

Un court reportage de British Pathé, l’émission d’information cinématographique qui a informé les sujets du Royaume-Uni entre 1910 et 1970, nous montre ce qui s’est passé ce matin-là, en particulier la première partie de la cérémonie :

“L’événement religieux le plus important depuis la Réforme” (C. G. Jung, Answer to Job, New York, Meridian, 1954) s’est déroulé en deux parties, la première sur la place Saint-Pierre, la seconde dans la basilique du Vatican. À 8 heures du matin, la place, presque bondée de monde, chante l’Immaculée, l’hymne de Lourdes et d’autres hymnes mariaux populaires.

À 8h30, les Chanteurs Pontificaux, dirigés par Lorenzo Perosi (1872-1956), chantent les Litanies des Saints avec lesquelles la procession papale émerge de la Porte de Bronze (sous la colonnade de droite sur la Place Saint-Pierre) : trois mille personnes parmi les Procureurs des Palais Apostoliques, les membres des grands ordres religieux, les membres du clergé romain, les dignitaires en service, les aumôniers de Sa Sainteté, les membres du Tribunal Suprême de la Signature Apostolique, le Pénitencier et les pères confesseurs en chasuble blanche, et autres prélats.

La quarantaine de cardinaux et plus de 600 parmi les patriarches, archevêques, évêques en chasuble blanche et mitre qui précèdent immédiatement le Saint-Père, sont particulièrement frappants. Voici le Pasteur angelicus en chaise gestatoriale, qui, selon les mots de Paul VI, même si elle est “inconfortable et me donne le sentiment d’être au milieu de la mer parmi les vagues, elle me permet d’être plus proche de tous. On est au-dessus de tout le monde pour être mieux vu par les gens, sans inégalités ni privilèges” (J Guitton, Dialoghi con Paolo VI, Milano 1967, p. 37).

À 9h30, le Saint-Père est assis sur le trône, qui se trouve à l’entrée de la basilique, aux côtés duquel se trouvent les diplomates accrédités auprès du Saint-Siège et les missions spéciales envoyées par de nombreuses nations, dont celle de l’Italie représentée par le Premier ministre, Alcide De Gasperi (1881-1954).

Après avoir reçu l’obédience du Collège des Pères Cardinaux, le Pape écoute la formule de pétition qui lui est adressée par le Cardinal De Gasperi. Eugène Tisserant (1884-1972), qui fait office de doyen, et répond en invitant tout le monde à invoquer l’Esprit Saint. À genoux devant le tabouret, Pie XII entonne l’hymne Veni Creator Spiritus, qui se poursuit avec l’alternance des versets du chant grégorien du peuple et de la polyphonie de Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594), interprétée par le chœur pontifical “Sixtine”. Composée en 1550 pendant son mandat dans le chœur de la Cappella Giulia de la basilique Saint-Pierre au Vatican, cette partition complète du “prince de la musique” élabore et décore admirablement la célèbre mélodie grégorienne à chaque voix :

Une fois l’Oremus chanté, le Vicaire du Christ monte sur le trône et prononce la formule avec laquelle il déclare et définit

il s’agit d’un dogme divinement révélé : que l’Immaculée Mère de Dieu, la toujours Vierge Marie, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, a été assumée corps et âme dans la gloire céleste. Par conséquent, si quelqu’un, ce que Dieu interdit, osait délibérément nier ou appeler à ce que nous avons défini, qu’il sache qu’il s’est complètement éloigné de la Foi divine et catholique. (Munificentissimus Deus, 44-45).

Pour la deuxième fois dans toute l’histoire de l’Église, après la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854, le Pontife romain définit personnellement un dogme de foi en dehors d’un concile œcuménique. Une joie infinie emplit tout le monde : la foule qui crie “Viva Maria !” (Vive Marie !), les cloches de Rome sonnant joyeusement, deux volées de pigeons voyageurs, vingt-et-un coups de canon tirés depuis la colline de Monte Mario. Le chant du Te Deum, l’homélie du Saint-Père, la récitation de la nouvelle prière de l’Assomption et la bénédiction pontificale concluent la première partie de l’acte solennel.

La Messe papale dans la Basilique du Vatican, après la récitation de la prière none ou de la prière de milieu d’après-midi, ouvre immédiatement la deuxième partie de la cérémonie. L’Escolania de Montserrat, les célèbres voix d’enfants – une cinquantaine de garçons de toute la Catalogne – de l’abbaye bénédictine de Santa Maria de Montserrat près de Barcelone en Espagne, est chargée de chanter les Proprium missæ (les parties variables de la messe : Introit, Graduel, Alléluia, Offertoire et Communion) ; tandis que les Chanteurs Pontificaux sont chargés de chanter les Ordinarium missæ (les parties invariables de la Messe : Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus et Benedictus, Agnus Dei).

Perosi a choisi la Missa Assumpta est Maria de Palestrina pour six voix. Probablement composée dans la vieillesse, cette partition complète, conçue pour deux voix de soprano, un alto, deux ténors et une basse, tire le matériau mélodique du motet homonyme du même auteur, et est la plus appréciée parmi la centaine de Messes de Palestrina, avec la très réussie Missa Papæ Marcelli (en mémoire de Marcellus II, pape pendant seulement trois semaines en 1555). Comme dans cette messe, devenue un symbole musical de la Réforme catholique, dans la Missa Assumpta est Maria, on trouve de brillantes sonorités (obtenues par le doublage des sopranos et des ténors), l’accent positif, les “tonalités majeures”, l’alternance d’épisodes homophoniques avec des passages contrapuntiques.

On se souvient ainsi de ce mémorable 1er novembre 1950, entièrement consacré à la glorification de Marie dans son Assomption.