Des académiciens réagissent à Fastiggi. Ils rejetent la notion que le Pape a indirectement répondu aux dubia

Partagez...
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedInEmail this to someonePrint this page

 

Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 1er décembre 2017

On a vu cette semaine une nouvelle tentative des partisans fidèles du Pape François à calmer les critiques préoccupés par Amoris Laetitia, l’Exhortation Apostolique du Pape, et par son silence à l’égard des dubia des Quatre Cardinaux. Le journal Italien de l’ami du Pape, Andrea Tornielli, Vatican Insider ( La Stampa ) , a publié le 28 novembre un article écrit par le théologien Américain Dr Robert Fastiggi qui enseigne au Grand Séminaire du Sacré-Cœur à Détroit. Intitulé « Les commentaires récents du Pape François devraient aider à calmer les critiques du Pape », l’article tente de convaincre les critiques du Pape que le Pape a déjà répondu aux dubia bien qu’indirectement, mais certainement d’une manière orthodoxe. 

Après une courte introduction, nous présenterons les déclarations de trois éminents académiciens Catholiques fidèles et orthodoxes — le Père Brian Harrison, OS, le Professeur Paolo Pasqualucci et le Professeur Claudio Pierantoni — qui nous ont envoyé, à notre demande, leurs propres réflexions et réponses à l’article de Fastiggi qui a été publié de manière proéminente et internationale.

Il semble que la lettre au Pape François récemment publiée, telle qu’écrite par le Père Thomas Weinandy, OFM, Cap., a eu un fort impact sur le discours Catholique, étant donné que le Dr Fastiggi la mentionne à la fois au début et à la fin de son nouvel article. Fastiggi commence son argumentation comme suit :

« Certains critiques du Pape François semblent penser qu’il se soucie peu de la clarté doctrinale, surtout en ce qui concerne la théologie morale et la conscience. Le Père Thomas Weinandy, OFM, Cap, par exemple — dans sa récente lettre publique adressée au Saint-Père datée du 31 juillet 2017 — suggère que, dans Amoris Laetitia, le Pape François offre des orientations qui « semblent parfois intentionnellement ambiguës ». La « note explicative » sur le cinquième dubium des Quatre Cardinaux envoyés au Pape François le 19 septembre 2016 exprime sa préoccupation que le paragraphe 303 d’Amoris Laetitia pourrait impliquer une vision de la conscience « comme faculté de décider de façon autonome du bien et du mal » ».

Avant d’aller plus loin dans la discussion de l’article de M. Fastiggi, il pourrait être utile de mentionner dans ce contexte que la lettre du Père Weinandy — et la demande qui a immédiatement suivi qu’il démissionne de son poste en tant que consultant à la Conférence des Évêques Catholiques Américains (USCCB) — a également suscité un débat en Allemagne avec beaucoup de sympathie pour le Père Weinandy. Le journal national de premier plan, Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), a publié, le 7 novembre, un article au sujet de la lettre du Père Weinandy et de sa description de l’atmosphère de peur au sein de l’Église Catholique parmi ceux qui sont en désaccord avec le chemin de la réforme du Pape François. Décrivant Weinandy comme un « homme du centre », un « théologien de renommée internationale » et membre de la Commission Théologique Internationale, le journaliste de FAZ, Christian Geyer, a déclaré que la demande immédiate des Évêques Américains que Weinandy démissionne prouve le point de Weinandy. Geyer a écrit :

« Cet incident est un symptôme de ce que Weinandy a nommé dans sa lettre : la peur d’être rejeté, d’être mis de côté qui éclipse la volonté d’exprimer librement une critique, une critique qui à son tour pourrait à tout moment être dénoncée comme du « dénigrement » de l’agenda papal » .

Ainsi, la critique polie de la confusion forte du Père Weinandy issu du document Amoris Laetitia du Pape qui a attiré l’attention internationale, pourrait bien avoir été une autre invitation au Pape François pour enfin faire un acte de clarification ». Maintenant, à la lumière de la réponse internationale à la lettre éminente du Père Weinandy au Pape François et à son appel à une clarification doctrinale, il est encore plus compréhensible que le Dr. Fastiggi se soit senti obligé d’écrire une défense en faveur du Pape François. Comme nos académiciens le montreront, les commentaires pontificaux indirects pourraient ne pas être une réponse suffisante aux nombreux appels à une clarification substantielle.

Laissez-nous d’abord brièvement ( et incomplètement ) présenter quelques aspects de la lettre du Dr Fastiggi, tout en invitant nos lecteurs à lire son article complet ici . Fastiggi cite plusieurs déclarations récentes du Pape à propos d’Amoris Laetitia et de la question des couples divorcés et « remariés », en disant que, dans ces commentaires du Pape, il voit une réponse orthodoxe à toutes les critiques. Parmi ces prétendus signaux papaux figure un message vidéo du 11 novembre du Pape aux participants au 3ème Symposium International sur l’Exhortation Apostolique. En référence à cette présentation vidéo, Fastiggi déclare :

« Au lieu de décrire la conscience comme une faculté autonome de décider du bien ou du mal, le Saint-Père indique une bonne conscience comme un antidote à « un culte de soi sur l’autel duquel tout est sacrifié ».

Ainsi, Fastiggi voit le cinquième dubium répondu. Fastiggi cite également le discours du Pape François à la Rote Romaine, le 25 novembre, où le Pape a appelé à un processus plus court pour obtenir des déclarations de nullité, disant que de tels couples pourraient également être admis de nouveau à la Sainte Eucharistie. Voici le commentaire de Fastiggi :

« Il est important de noter que le Saint-Père voit une déclaration de nullité comme un moyen de rétablir la paix dans les consciences des divorcés/remariés afin qu’ils puissent être réadmis à l’Eucharistie. Cela implique que ceux qui sont divorcés1remariés ne sont pas admis à l’Eucharistie. Certains pourraient objecter que le Pape François ne le dit pas réellement, mais il est difficile de comprendre sa déclaration d’une autre manière. Si l’admission à l’Eucharistie est autorisée après une déclaration de nullité, alors cela suggère que ce n’est pas possible auparavant ».

Cette déclaration est aux yeux de Fastiggi une réponse au premier des cinq dubia. Il discute également des objections possibles, citant la récente déclaration malheureuse du Cardinal Müller :

« Les critiques du Pape François tenteront probablement de réaffirmer leurs critiques et souligneront la prétendue permission du Saint-Père pour les Catholiques divorcés et remariés de recevoir la Sainte Communion par sa lettre approuvant les directives d’un groupe d’Évêques Argentins. Le Cardinal Müller, cependant, a déclaré à Edward Pentin dans une interview datée du 28 septembre 2017 que « si vous regardez ce que les Évêques Argentins ont écrit dans leurs directives, vous pouvez interpréter cela de manière orthodoxe ».

En ce qui concerne certains Chrétiens orthodoxes divorcés et « remariés » qui, par le Droit Canon (canon 844§3), pourraient être admis, sous certaines conditions, à la Sainte Communion dans l’Église Catholique, le Dr Fastiggi voit également certaines voies d’exceptions pour les couples divorcés et « remariés » qui ne vivent pas dans la continence, tout en maintenant la règle générale :

« Mon seul point est que de telles exceptions possibles puissent exister, mais elles ne devraient pas empêcher l’articulation de la règle générale, qui est que les Catholiques divorcés et remariés civilement ne devraient pas recevoir la Sainte Communion s’ils ne vivent pas dans la continence ».

Le Dr Fastiggi souligne également la possibilité que le Pape François, avec sa note 351 dans Amoris Laetitia au sujet de « certains cas » où ces couples pourraient avoir accès à la Sainte Eucharistie, il suffit simplement de penser à ces couples qui ne peuvent pas prouver, en raison de circonstances difficiles comme des endroits reculés dans le monde, la nullité de leur mariage et doivent donc utiliser le « forum internum » avec un prêtre ».

Les derniers mots de l’article du Dr Fastiggi sont les suivants :

« Cela ne veut pas dire qu’il [le Pape François] répondait consciemment à ces dubia. Son intention était simplement d’enseigner la vérité. Si seulement les critiques du Pape prêtaient plus d’attention aux nombreux et fréquents enseignements du Saint-Père qui articulent clairement la vérité, nous serions mieux lotis. Le Père Weinandy a raison de dire que « la vérité est la lumière qui libère les femmes et les hommes de l’aveuglement du péché, qui est une obscurité qui étouffe la vie de l’âme ». Cependant, le Pape François a enseigné la vérité et continue de le faire. Il est triste, cependant, que ses critiques ne remarquent pas cela ».

Dans ce qui suit, par conséquent, nous présenterons les réponses éloquentes de trois académiciens Catholiques ( l’un d’entre eux est aussi un prêtre ) qui sont tous bien connus de nos lecteurs. Le Père Harrison, le Professeur Pasqualucci et le Professeur Pierantoni sont parmi les 45 signataires du document théologique des censures envoyé l’année dernière au Collège des Cardinaux qui s’adressait à Amoris Laetitia ; Pasqualucci et Pierantoni ont également signé à la fois la Correction Filiale concernant Amoris Laetitiaainsi d’autres paroles et actions du Pape. Nous leur sommes reconnaissants d’avoir accepté de faire cet acte de charité pour le bien de la vérité.


 

Père Brian Harrison, OS

En ce qui concerne l’affirmation du Dr Robert Fastiggi selon laquelle le Pape François maintient la Doctrine et la discipline sacramentelles orthodoxes :

Dans une allocution du 25 novembre à la Rote romaine, le Pape François se réfère à sa récente législation accélérant les processus de nullité du mariage et exhorte les Canonistes dans l’audience « à être proches de la solitude et de la souffrance des fidèles qui attendent de la justice ecclésiale une aide factuelle pour rétablir la paix dans leur conscience et la volonté de Dieu sur la réadmission dans l’Eucharistie ». Selon le Dr Robert Fastiggi, les paroles du Saint-Père impliquent que la réadmission à l’Eucharistie pour les Catholiques divorcés et remariés qui ne vivent pas dans la continence « ne peut seulement venir qu’après la déclaration de nullité » ( pas d’italique dans l’original ). Ce n’est pas le cas. Le mot « seulement » est logiquement injustifié ici car les paroles de François sont tout à fait compatibles avec sa conclusion selon laquelle certains — peut-être la plupart — de tels Catholiques auront besoin d’une déclaration de nullité de leur premier mariage pour être absous et réadmis à l’Eucharistie, pas tous d’entre eux en ont besoin.

En d’autres termes, l’observation du Pape ne déclare pas ou ne laisse pas entendre ce que les Cardinaux des dubia et d’autres troublés par Amoris Laetitia souhaitent à juste titre l’entendre enseigner, à savoir que si et seulement si une déclaration de nullité est accordée pourront ceux-là en question être éventuellement réadmis à l’Eucharistie. Le discours 25 novembre François laisse ouverte la possibilité que certaines de ces personnes peuvent être absoutes et réadmises à l’Eucharistie par un autre chemin — celui du « dialogue », de l’« accompagnement » et du « discernement » — qui ne nécessite ni un engagement à la continence , ni la reconnaissance de l’Église que le premier mariage était invalide. Que le Pape considère « la note de 351 comme une ouverture à cette nouvelle voie « dans certains cas », c’est démontré ( par exemple ) par l’approbation du Vatican de cette concession aux Évêques Maltais, par sa louange d’un interprète de haut niveau d’Amoris Laetitia ( le Cardinal Schönborn ) qui dit que l’Exhortation du Pape le permet « évidemment », qu’un livret de 30 pages d’un Cardinal du Vatican qui le permet et que sa mise en œuvre est approuvée dans le Diocèse même du Saint-Père à Rome.

Le Révérend Brian W. Harrison, OS, MA, STD, un prêtre de la Société des Oblats de la Sagesse, est un professeur agrégé retraité de théologie de l’Université Catholique Pontificale de Porto Rico à Ponce, PR. En 1997, il a obtenu son doctorat en théologie systématique, summa cum laude, de l’Athénée Pontifical de la Sainte Croix à Rome. Depuis 2007 Harrison a été chercheur résident au Centre d’étude des Oblats de la Sagesse à St. Louis, Missouri, et est connu comme conférencier et écrivain. Il est l’auteur de trois livres et de plus de 130 articles dans des livres, magazines et revues Catholiques.


 

Professeur Paolo Pasqualucci

Est-ce que le Pape François a déjà répondu aux cinq dubia des Quatre Cardinaux, ou à certains d’entre eux ? Non, il ne l’a pas fait.

Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Voici quelques raisons.

1) Un point préliminaire mais substantiel. Les cinq dubia ne représentent pas une déjà accusation. Ils sont une demande officielle de clarification par Quatre Cardinaux, visant à dissoudre les interprétations erronées et hérétiques de ce que le Pape lui-même a écrit dans un document magistériel ( Amoris Laetitia ). Le Pape a le devoir de répondre de façon officielle par un document publié que ce soit avec un motu proprio ou par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, en déclarant péremptoirement le sens authentique ( interpretatio Authentica ) de ses propres paroles ; c’est-à-dire, une interprétation par le Législateur lui-même qui élimine tout doute quant à l’orthodoxie parfaite de ce qu’il a écrit, condamnant contextuellement toute interprétation erronée possible de celui-ci.

Par conséquent, les déclarations indirectes et les allusions du Pape reliés aux problèmes impliqués par Amoris Laetitia, publiés dans des messages audio, des adresses, des interviews, etc., n’ont aucune valeur quant à la solution de ces problèmes.

Il doit répondre ex Cathedra puisque les Quatre Cardinaux ont adressé leur dubia ex Cathedra aussi, par exemple, en leur qualité de membres de haut niveau du clergé chargés directement d’assister le Pape dans le gouvernement de l’Église.

L’absence de toute réponse magistérielle officielle de la part du Pape permet à quiconque d’interpréter les parties ambiguës d ‘Amoris Laetitia de la façon dont il veut de sorte que la confusion et l’anarchie continuent de se propager dans la Sainte Église.

Le Pape François ne peut pas persister à maintenir une approche indirecte — essentiellement une politique de non-approche — sur les questions des dubia. Dans tous les cas, indépendamment des dubia, la sinistre confusion régnante exige une telle déclaration du magistère de sa part puisque lui seul est le Vicaire du Christ sur la terre et le chef de l’Église visible.

2 ) La thèse selon laquelle le Pape François ne décrit pas « la conscience comme une faculté autonome de décider du bien ou du mal » comme semblent le penser les Quatre Cardinaux ( selon l’auteur de l’article ), fait oublier le fait que les Quatre Cardinaux n’intiment pas que le Pape « décrive » la conscience de cette façon ; plutôt, qu’une telle fausse notion de conscience peut être déduite de certains points ambigus d ‘Amoris Laetitia.

En outre, la citation pontificale de Romano Guardini ( censée démontrer son orthodoxie ) propose un texte qui, d’un côté, n’est pas concluant en ce sens qu’il peut très bien convenir à une notion déiste de la conscience ( à la Jean-Jacques Rousseau, pour être clair ) ; de l’autre côté, il apparaît obscur dans sa partie finale avec des pointillés [ abrégé en utilisant plusieurs ellipses — Ed. ].

3 ) La citation de l’article 16 de Gaudium et Spes (GS) de la part du Pape introduit un texte très glissant. Cet article célèbre traite de « la dignité de la conscience morale ». Initialement, ça se déplace toujours selon la bonne Doctrine, basée sur Romains 2 : 14-16, qui confirme notoirement l’existence d’une loi morale établie par Dieu dans notre conscience ; une loi que notre conscience peut ( et doit ) comprendre et suivre. Les païens, enseigne Saint Paul, privés de la Révélation, seront jugés selon cette loi, à savoir comment leur conscience s’est comportée par rapport à cette loi.

Mais dans la deuxième partie de l’article 16, il est dit que « par fidélité à la conscience, les Chrétiens, unis aux autres hommes, doivent chercher ensemble la vérité et la solution juste de tant de problèmes moraux que soulèvent aussi bien la vie privée que la vie sociale. Plus la conscience droite l’emporte, plus les personnes et les groupes s’éloignent d’une décision aveugle et tendent à se conformer aux normes objectives de la moralité ». ( GS 16 § 2)

Ici, les « normes objectives de la morale » ne résultent pas de la révélation de Notre-Seigneur Jésus-Christ ni de la loi naturelle inscrite dans nos cœurs, mais du « dialogue » avec « le reste des hommes », dans le but de « chercher ensemble la vérité ». La vérité éthique ne résulte donc pas de ce que Notre-Seigneur, les Apôtres et l’Église éternelle nous ont appris, mais d’une recherche commune avec le reste de l’humanité, qu’elle soit hérétique ou contraire au Christianisme ! Dans cette quête, le guide n’est pas l’Évangile ni l’enseignement de l’Église mais notre conscience individuelle, qui élabore la vérité avec le reste de l’humanité tout en apprenant d’eux ! Ici apparaît une notion de vérité absolument incompatible avec la notion de vérité révélée par le vrai Dieu comme seule base de nos principes religieux et moraux.

Prenons la vérité sur le Mariage comme exemple. Comment sommes-nous supposés « chercher la vérité à son sujet » depuis Vatican 2 ? Dans une recherche commune ( ou « dialogue » ) avec ceux qui admettent le divorce, la répudiation, le mariage temporaire, la polygamie, le concubinage et ainsi de suite ? En effet, c’est ce que beaucoup ont fait, s’appuyant sur le jugement de leur propre conscience et nous avons vu les résultats néfastes de cette quête ou recherche pour la notion et la pratique du Mariage Catholique.

4 ) C’est grandiose qu’une remarque du Pape François devant un auditoire de participants dans le cours promu par la Rote Romaine ( le 25 novembre 2017 ) « impliquait apparemment que ceux qui sont divorcés et remariés ne sont pas admis à l’Eucharistie » . Si tel était le sens de sa remarque — je veux dire ici que le sens implicite de la remarque coïncidait effectivement avec l’opinion du Pape sur la question traitée dans la remarque — le fait demeure que le Pape a le devoir d’exposer ouvertement la bonne Doctrine, clairement et, si nécessaire, dans une déclaration magistérielle, sans obliger si souvent les fidèles à déterrer des significations orthodoxes possibles à partir de déclarations autrement compliquées et ambiguës.

5 ) En fin de compte, l’herméneutique sur les déclarations ambiguës du Pape François, par la citation des interprétations du Cardinal Müller et de certaines déclarations doctrinales non concluantes par le Cardinal Ratzinger, plus l’interprétation même de l’auteur des mêmes déclarations problématiques ne parviennent pas à aucune conclusion valable, car ils sont toujours obligés, à la fin, de faire une hypothèse sur ce que le Pape François a « peut-être » réellement voulu dire.

Paolo Pasqualucci est un professeur retraité de philosophie de la loi à l’Université de Pérouse, Italie.


 

Professeur Claudio Pierantoni

Ce qui me frappe surtout dans l’article récent du Dr. Fastiggi, c’est sa naïveté : je peux voir son honnêteté et sa bonne foi dans la recherche de déclarations orthodoxes du Pape. Mais penser que quelques phrases orthodoxes qui « pourraient être prises » pour exprimer la Doctrine correcte dans les questions controversées peuvent apaiser les critiques papales montre un manque de compréhension approfondie de la tactique de François. Il a été montré à plusieurs reprises qu’il « apaisait » son interlocuteur avec des phrases qui « peuvent être prises » dans un sens orthodoxe ; mais sans exclure les « exceptions » ou les « précisions » qui viennent du point de vue opposé. C’est, en fait, la tactique typique de l’hérétique : l’hérétique, par définition, n’est pas quelqu’un qui « attaque » la Doctrine Chrétienne, mais quelqu’un qui l’interprète à sa manière : il n’est pas quelqu’un qui veut être exclu du Église, mais quelqu’un qui veut rester fermement dans sa position. Donc, il n’y a rien de surprenant dans le fait qu’il peut dire beaucoup de choses qui peuvent être ou du moins paraître orthodoxes. C’est la raison pour laquelle l’Église, en déclarant une Doctrine, la formule également de manière négative, sous la forme d’un « anatema », à savoir en condamnant explicitement l’erreur opposée. Voilà pourquoi quatre des cinq dubiaprésentés exigent une réponse négative : parce que l’exclusion de quelque chose est ici le critère déterminant : par exemple, un « divorcé et remarié ne peut en aucun cas recevoir l’Eucharistie » ; « Tels sortes d’actes ne peuvent jamais être effectués licitement ». Si j’exprime le même concept d’une manière positive, il y a toujours la possibilité d’ajouter plus tard une exception.

Telle est la principale raison pour laquelle nous, les critiques — et des millions de Catholiques —, ne peuvent pas être apaisés par ces déclarations que le Dr Fastiggi cite, et avons besoin d’une réponse claire aux dubia. En l’absence de cela, il faut nécessairement penser, après plus d’un an et une série d’occasions qui ont été données au Pape afin qu’il clarifie sa position, qu’il ne maintient pas vraiment les Doctrines auxquelles les dubia font référence, et donc il est tombé dans l’hérésie.

Claudio Pierantoni est professeur de philosophie médiévale à l’Université du Chili et ancien Professeur d’histoire et de patrologie de l’Église à la faculté de théologie de la Pontificia Universidad Católica de Chile. Il est également membre de l’Association internationale des études patristiques.