Relire le cardinal Biffi

A trois ans de sa disparition, on constate qu’il avait depuis longtemps tout compris. La preuve par un extrait de son Ve évangile (écrit il y a 50 ans!) , où il anticipé la « doctrine » bergoglienne (11/7/2018)

TROIS ANS SANS BIFFI, RELISONS LES ÉCRITS SUR LA CONSCIENCE.

Giorgio Carbone (*) www.lanuovabq.it

Il y a trois ans, le Cardinal Giacomo Biffi concluait son pèlerinage terrestre. Nous évoquons son souvenir en relisant un passage de son Ve Évangile sur la conscience, un thème aujourd’hui plus que jamais actuel.

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Il y a trois ans, le Cardinal Giacomo Biffi concluait son pèlerinage terrestre. Et il y a exactement cinquante ans, «tandis que Don Giussani et Don Lattanzio (le fondateur et un membre de Communion et Libération, ndt) nageaient dans la mer de Senigallia, moi, sous le parasol, j’écrivais. Tandis qu’ils regardaient l’atterrissage lunaire à la télévision, je continuai d’écrire. J’étais aux prises avec le Cinquième Évangile», c’est ainsi que se plaisait à se souvenir le Cardinal Biffi non sans un peu d’ironie complaisante. Et c’est ainsi que nous aimons nous souvenir de lui, spirituel et âpre, iconoclaste et avec une foi simple et granitique.

Le cinquième évangile est un petit texte – il n’atteint pas 100 pages -, jouant tout sur l’artifice littéraire de l’ironie «qui s’appuie – peut-être un peu trop – sur l’intelligence du lecteur». Le point de départ est une découverte: le commendator Migliavacca – personnage fictif dans lequel on peut reconnaître de nombreux «catholiques adultes» – lors d’un pèlerinage en Terre Sainte, découvre des fragments d’un évangile qu’il aurait toujours voulu écouter. Au-delà de la fiction littéraire, ces 30 fragments «découverts» sont des slogans qui ont commencé à se répandre en 68 et qui sont aujourd’hui acceptés sans critique par beaucoup. Biffi les met en parallèle avec les versets des Evangiles canoniques et les commente. Donnons un petit exemple. Le thème est celui très actuel de la conscience morale.

L’Évangile selon Matthieu récite: «Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements» (Matthieu 19:17).
Le cinquième évangile dit: «Si tu veux entrer dans la vie éternelle, observe les préceptes de ta conscience».

Et Giacomo Biffi commente:

«Ce fragment fera sans aucun doute la joie des moralistes contemporains, qui ont de plus en plus tendance à simplifier leur travail en faisant appel à la conscience de l’individu. Surtout, il donnera une claire justification biblique à l’idée, de plus en plus répandue parmi les chrétiens, qu’aucune autre règle de moralité ne devrait être recherchée en dehors du sentiment intérieur du bien et du mal.

En vérité, il ne s’agit pas d’une nouvelle doctrine: la morale chrétienne a toujours enseigné que la norme prochaine d’action pour l’homme concret est sa conscience personnelle, qu’il doit toujours suivre, quoi qu’elle ordonne ou interdise.

La nouveauté consiste plutôt en une conception renouvelée de la conscience et de ses fonctions. La mentalité ancienne croyait que la conscience n’était que le haut-parleur intérieur capable de transmettre la loi de Dieu: la capacité de rester syntonisée avec la voix divine lui était pour cette raison essentielle; sans elle, elle devenait inutile comme un récepteur de radio qui ne réussirait plus à caper l’émetteur.

Dans cette vision, le premier devoir imposé par la conscience n’était pas de trouver en soi son contenu, mais de le chercher dans les commandements du Seigneur. Le premier impératif de la conscience était de scruter la loi.

Au contraire selon l’opinion qui se généraliese aujourd’hui, cependant, la conscience n’aurait pas à sortir d’elle-même: qu’elle soit attentive à ses propres désirs, à ses propres répugnances, à ses propres enthousiasmes, à ses propres peines, et elle n’aura besoin de rien d’autre. La connaissance des règles objectives lui est étrangère et donc indifférente.

C’est ainsi que nous sommes arrivés à mettre un terme à un malentendu: jusqu’ici nous pensions que la conscience était un moyen donné par Dieu pour faire connaître sa volonté. Aujourd’hui, nous comprenons que c’est en fait un don beaucoup plus précieux: c’est un moyen d’exempter l’homme de l’inconvénient de connaître la volonté de Dieu. Tout est ainsi facilité : la conscience est l’abolition de la loi. C’est la libération de l’esclavage des préceptes et de la casuistique. L’impératif moral est parfaitement simplifié :
– Les relations prénuptiales sont-elles légales? Obéis à ta conscience.
– Comment dois-je remplire ma déclaration d’impôts? Obéis à ta conscience.
– Ai-je le droit d’avorter si j’ai déjà trois enfants à charge? Obéis à ta conscience.

Il ne s’agit plus de l’informer, cette conscience, mais seulement de lui obéir.

Et ce n’est pas seulement le métier de moraliste qui est ainsi facilité, c’est aussi celui, bien plus exigeant, d’homme.
D’autant plus que, malgré les apparences, il n’y a rien de plus docile qu’une conscience qui ne se réfère pas constamment à la loi divine. Pour l’homme qui obéit constamment à sa conscience sans se soucier de connaître l’opinion de Dieu, la récompense est immanente: sa conscience finit toujours par obéir à l’homme sans lui apporter plus d’ennui. Même celui qui a pris l’habitude d’empoisonner ses tantes de temps en temps pour obtenir leur héritage plus tôt, aux funérailles du quatrième, trouvera que sa conscience (comme sa tante), n’a pas de protestation à élever».

NDT

(*) Prêtre dominicain né en 1969, spécialisé en bioéthique et en théologie morale (www.domenicani.it/fra-giorgio-carbone).
Ses prises de position vigoureuses contre l’idéologie gender lui ont valu d’être censuré au « Meeting de Rimini » (Communion et Libération) de 2015. (cf. www.ilgiornale.it)

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