La réforme du Vatican, prise deux : derrière deux nouvelles nominations papales

Par: Phil Lawler –  Catholic Culture
« Le [ choix du ] personnel, c’est ça la politique » nous disent les analystes politiques. Dans cette perspective, examinons l’importance de deux nominations faites par le Pape François ces derniers jours : les nominations de Mgr Nunzio Galantino en tant que Président de l’Administration du Patrimoine du Siège Apostolique ( APSA ) et de Paolo Ruffini en tant que Préfet du Secrétariat pour les Communications.

Cette dernière nomination est de loin la plus importante ; en effet, cette nomination est un événement historique. Pour la première fois, un dicastère du Vatican sera dirigé par un laïc plutôt que par un Cardinal ou un Archevêque.

Et ce n’est pas n’importe quel dicastère ! Les bureaux de la Curie Romaine ont traditionnellement reçu des titres différents, indiquant leur importance relative ; une « commission pontificale » avait moins de poids qu’un « conseil pontifical » et ce dernier se rangeait au-dessous d’une « congrégation ». Normalement, le responsable de toute « congrégation » du Vatican serait un Cardinal et si un « simple » Archevêque comblait le poste, son nom figurerait immédiatement sur la liste des prélats susceptibles de recevoir un chapeau rouge lors du prochain consistoire. Puis, au-dessus de toutes les « congrégations » de l’organigramme du Vatican, il y avait le « secrétariat » — le puissant Secrétariat d’État, qui a gouverné effectivement les autres bureaux de la Curie.

Ces distinctions hiérarchiques se sont estompées lorsque le Pape François a entrepris ses réformes de la Curie Romaine. Pourtant, lorsque le Pape a créé le nouveau « Secrétariat à l’Économie », le titre du nouveau bureau suggérait qu’il aurait un poids réel — et que, dans son propre domaine d’expertise, il pourrait même rivaliser avec le pouvoir du Secrétariat d’État. Un « secrétariat », après tout, était un bureau avec un réel pouvoir. De même, la création d’un nouveau « secrétariat » pour fusionner et guider les différents efforts de communication du Vatican, suggérait que le Saint-Siège reconnaissait l’importance vitale de coordonner les efforts pour présenter le message de l’Église au monde extérieur.

Cependant, les choses ont changé, car les espoirs d’une réforme en profondeur ont rencontré les réalités de la vie dans la bureaucratie du Vatican. Le Secrétariat à l’Économie a été lentement vidé, ses pouvoirs les plus importants étant rendus à l’APSA, le bureau qui contrôle l’empire immobilier énorme et secret du Vatican. Et le Secrétariat des Communications ? Il est significatif qu’en annonçant la nomination de Ruffini, le Vatican ait déclaré qu’il dirigerait le « dicastère » pour la communication — en utilisant le terme générique pour un bureau du Vatican plutôt que le terme qui aurait suggéré un niveau d’influence plus élevé. D’ailleurs, dans les annonces de la journée, le Bureau de Presse du Vatican ( qui, souvenez-vous, relève directement du Secrétariat du Dicastère des Communications ) a listé la nomination historique de Ruffini après les annonces d’un nouvel Évêque Auxiliaire à Montpellier et d’un nouvel Évêque Éparchique pour les Catholiques Slovaques au Canada.

Qu’est-ce qu’il se passe ici ? Est-ce que Ruffini reçoit le contrôle d’un bureau avec moins d’influence que son prédécesseur, Mgr Dario Edoardo Vigano, qui l’a comblé à l’origine ? C’est une possibilité distincte. Le ré-outillage des efforts de communication du Vatican a progressé très lentement, et pas du tout en douceur. En mars, Mgr Vigano a été contraint de démissionner après qu’il a été découvert que son bureau avait publié un texte trafiqué d’une lettre du Pape-Émérite Benoît XVI dans une tentative maladroite de générer une publicité positive pour le Pape François. Ce mouvement maladroit a fait boomerang, évidemment, et la réputation de la nouvelle et brillante machine de relations publiques du Vatican a été fortement cabossée. Dans ce contexte, la nomination de Ruffini — un professionnel laïc ayant une formation en communication — peut être considérée comme un deuxième effort par le Pape François pour relancer le processus pour lequel le nouveau secrétariat / dicastère avait été conçu pour le mener à bien.

Est-ce que Ruffini peut réussir, là où Mgr Vigano a trébuché ? La réponse à cette question dépendra fortement du fait que Ruffini ait la latitude de mener à bien ses projets ou qu’il soit maintenu sous les rênes étroites de la Secrétairerie d’État.

Quant à l’autre nomination clé, Mgr Galantino a été clairement choisi comme favori par le Pape François : arraché d’un diocèse relativement obscur, d’abord Secrétaire Général de la Conférence des Évêques Italiens, maintenant à la tête de l’APSA. Maintenant, il prend le contrôle du bureau qui a résisté avec succès aux réformes proposées par le Secrétariat à l’Économie — le bureau devenu notoire ( comme le Pape l’a lui-même reconnu ) pour ses baux à rabais à ses petits amis, ses contrats sans appel d’offres et ses actifs non divulgués. Si Mgr Galantino est l’homme en qui le Pape a confiance, alors sa nomination peut aussi être considérée comme un second effort pour relancer le processus de réforme — dans ce cas, la volonté indispensable de parvenir à la transparence financière.