Les vrais soucis de l’Eglise

La perte de la foi? La mission d’évangélisation? Quelle idée! Vous n’y pensez pas. Mais la pollution du plastique, ça, c’est une priorité! Une initiative pour le moins inattendue du dicastère vatican qui s’occume d’écologi(sm)e. Editorial de Riccardo Cascioli (5/7/2018)

«Le choix de ne pas utiliser la définition religieuse dans le titre [de Laudato Si’…] est le premier signe d’une grande ouverture au dialogue avec toutes les personnes de bonne volonté». 

(une représentante de WWF)

VERS UNE EGLISE « CHRIST FREE »

Riccardo Cascioli
www.lanuovabq.it

Aujourd’hui et demain, se tient au Vatican une grande conférence internationale pour faire le point trois ans après la publication de l’encyclique Laudato Si’. L’intitulé est «Saving our Common Home and the Future of Life on Earth» (Sauver notre maison commune et l’avenir de la vie sur Terre). La conférence est organisée par le nouveau Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral, présidé par le Cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, avec Caritas Internationalis et le Global Catholic Climate Movement; et enregistre la présence de politiciens, scientifiques, économistes, représentants d’organisations non gouvernementales, évidemment tous convaincus ou du moins partisans de l’écologisme et de la lutte contre le changement climatique.

Je n’aborderai pas directement le contenu de la Conférence, c’est un discours que nous avons déjà fait plusieurs fois et même récemment [ma traduction:L’Eglise se « mondanise« ]. Plutôt, je pense qu’il vaut la peine de s’attarder sur un détail curieux qui a fait parler lors de la présentation de la Conférence à la presse. Comme «il faut donner l’exemple» – ont expliqué les responsables du dicastère vatican – et que la Conférence consacrera aussi beaucoup d’espace aux «bonnes pratiques», voilà que le même Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral annonce qu’il est le premier organisme du Vatican « plastic free« , sans plastique.

Comme le plastique est le nouvel ennemi numéro 1, son utilisation est interdite dans les bureaux du dicastère: employés et fonctionnaires apportent de vrais verres, des couverts en métal, etc.. Et comme les catholiques sont par nature missionnaires, il est prévu d’étendre cette initiative à tous les bureaux du Vatican. Mais ce n’est pas tout: le désir de bien faire étant sans fin, le secrétaire du dicastère écologiste a également ajouté que l’objectif est de devenir « carbon neutral« , c’est-à-dire neutre du point de vue des émissions de gaz carbonique, lequel – selon la théorie qui indique dans l’activité humaine la cause principale du changement climatique – serait la cause du réchauffement de la planète. Nous aurons donc des monsignori et des employés du dicastère qui s’engageront à quantifier, et ensuite à réduire et à compenser leurs émissions de CO2. J’évite de me laisser aller à une ironie aussi facile que tentante sur la façon dont il est possible de réduire les émissions des monsignori, pour aller droit au cœur du sujet.

Admettant que cette théorie du réchauffement climatique anthropique soit juste, l’Église catholique sert-elle précisément à lancer des campagnes écologistes ? Est-ce pour cela que le Christ l’a instituée? Pour libérer l’homme du plastique? L’Église a-t-elle pour mission de sauver la planète?

On ne peut qu’éprouver une certaine anxiété à entendre des cardinaux et des évêques autorisés parler le même langage que le WWF ou les agences de l’ONU, du reste inspiré par des idéologies néopaïennes et par des projets politiques maçonniques mondialistes. Il est déprimant d’entendre parler de prophétie à propos de plastique mis au rebut, d’utilisation de panneaux solaires et de collecte sélective des déchets. Il est déconcertant de voir le témoignage chrétien réduit à de «bonnes pratiques» et à «donner le bon exemple».

On a l’impression qu’à certains niveaux, avant d’être « plastic free« , on veut vraiment une Église « Christ free« , où Jésus est un obstacle pour rencontrer les hommes. Ce point a même été noté par une représentante de WWF, laquelle, commentant la Conférence de son point de vue – et donc de manière positive – , a souligné que dans le titre de Laudato Si’ – et ensuite aussi dans la Conférence – on a choisi de parler de « maison commune » et non de « Création », qui est un terme religieux: «Le choix de ne pas utiliser la définition religieuse dans le titre est le premier signe d’une grande ouverture au dialogue avec toutes les personnes de bonne volonté». Exactement: évitons de parler de la Création, qui a son propre ordre hiérarchique; évitons de parler d’un Dieu Créateur qui est la source de notre responsabilité envers la Création: ce serait un mot qui divise. Parlons au contraire de biodiversité, d’animaux et de plantes à sauver, de plastiques à interdire. Comme cela, on se comprend.

Mais quand on en est là, il est évident qu’on s’est déjà libérés du Christ.

benoit-et-moi.fr