Messori aussi!

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Même l’Eglise devient “liquide”. L’un des interlocuteurs privilégiés du Pape Benoît exprime à son tour quelques “dubia” sur la tournure du pontificat de François (8/11/2017)

A la veille de Noël 2014, Vittorio Messori avait publié sur Il Corriere della Sera (benoit-et-moi.fr/2014-II/actualites/franois-ce-que-dit-messori) «un commentaire très modéré où, avec beaucoup de respect, à côté de louanges au pape argentin, il avait exposé quelques “perplexités” au sujet de certains de ses gestes et déclarations» (Antonio Socci, benoit-et-moi.fr/2015-I-1/actualites/messori-lynche).
Cela lui avait valu une volée de bois vert de la part des gardiens de la révolution bergoglienne, Andrea Tornielli (qui fut pourtant son ami et avec qui il avait cosigné un livre) en tête, et depuis lors, il a maintenu une réserve prudente, interrompue par quelques confidences (à lire entre les lignes) faites à l’occasion d’une visite à Mater Ecclesiae, en septembre 2015 (lire ici son très beau récit: benoit-et-moi.fr/2015-II/benot-xvi/un-matin-dans-lermitage-du-pape-emerite).
Interrogé en décembre 2016 par Bruno Volpe, sur le site “La Fede Qutidiana” à propos des ambiguïtés doctrinales d’Amoris Latitia, il se justifiait en ces termes:

Je pense qu’il y a [une ambiguïté], mais le sentiment est qu’elle est voulue ou même recherchée. C’est typique des jésuites de dire et de ne pas dire. Tant de choses me laissent perplexe en ce moment, et pour cette raison, et par un sentiment de responsabilité, je me tais. Je suis certainement alarmé et inquiet en tant que catholique, mais mon choix est différent de celui d’autres collègues et journalistes faisant autorité. Après tout, je me demande qui je suis pour juger le Pape. Mais je suis convaincu, et je le répète, que François s’intéresse très peu à la doctrine».

Dernier épisode de cette présence en pointillé de Vittorio Messori dans le débat actuel, un article publié dans le numéro de septembre-octobre 2017 de Il Timone, le mensuel catholique d’apologétique dirigé par Riccardo Cascioli, dans lequel il tient depuis de nombreuses années une rubrique récurrente sous le titre Il Vivaio, et auquel a contribué en son temps le cardinal Ratzinger.

L’article est repris par Il Giornale du 5 novembre dernier

VITTORIO MESSORI CRITIQUE LE PAPE
EGLISE SOCIÉTÉ LIQUIDE

www.ilgiornale.it
Francesco Boezi

* * *

Vittorio Messori est probablement le journaliste et écrivain catholique le plus lu en Occident.
De l’interview avec le Cardinal Ratzinger en 1984 au livre-interview avec Jean-Paul II pour les quinze ans du pontificat, la voix de l’auteur originaire de Sassuolo a toujours eu un certain poids dans l’opinion publique des croyants. Considéré comme un vaticananiste à l’écart des luttes doctrinales entre traditionalistes critiques de Bergoglio et “gardiens de la révolution du Pape”, il a formulé quelques griefs à propos de l’état de santé de l’Eglise, des mots que le site <Libertà e Personae> a interprété comme des “dubia” sur Bergoglio. Dans un article publié par Il Timone, l’écrivain, après avoir débattu de l’actualité de la théorie de Zygmunt Bauman sur la “société liquide”, a en effet élargi le domaine des acteurs de cette involution socio-existentielle, en y insérant l’Église catholique. Messori écrit:

«… le croyant est troublé par le fait que l’Église catholique – qui fut un exemple millénaire de stabilité – semble vouloir elle aussi devenir “liquide”. Dans une interview déconcertante le général jésuite Arturo Sosa, Sud-Américain, a “liquéfié” l’Evangile lui-même, puisqu’il a déclaré que les paroles de Jésus, n’ont pas été transmises par une cassette, ou un disque, [que]nous ne savons pas exactement ce qu’il a dit”».

Suit la critique à Bergoglio:

«Mais un autre jésuite, lui aussi sud-américain, pas moins que le pape lui-même, dans l’une des nombreuses interviews qu’il donne aux personnes les plus diverses, dans les endroits les plus divers, – en avion, sur la place Saint-Pierre, dans la rue – a répété ce qui est l’un des piliers de sa stratégie de gouvernement et d’enseignement: “La tentation catholique à surmonter est celle de l’uniformité des règles, de leur rigidité, alors qu’au contraire il faut juger et se comporter au cas par cas”».

Bref, Messori semble inclure le Pape parmi les responsables du fait que, pour l’Église aussi, pour citer Bauman, il devient acceptable que le “changement” soit “la seule chose permanente” et que “l’incertitude” soit devenue “l’unique certitude”.

En effet, l’écrivain catholique souligne:

«Le terme que le Pape François utilise le plus souvent est “discernement”: c’est une vieille tradition de la Compagnie de Jésus, qui n’était pourtant pas encore allé jusqu’à “interpréter librement le dogme selon les situations”».

Du Timone, donc, mensuel catholique pour lequel ont écrit entre autres le cardinal Ratzinger, le cardinal Caffarra et le cardinal Müller s’élève une voix critique de plus contre le Pape François. Une boutade (en français dans le texte) doctrinale fondée sur l’un des concepts les plus célèbres de Baumann, le socio-philosophe polonais d’origine juive pour qui la crise du communautarisme a ouvert la porte à un individualisme sans frein. Le même dans lequel, selon Messori, l’Eglise serait immergée.

benoit-et-moi.fr