« Bergoglier »

Fray Gerundio a forgé un nouveau verbe. Et cela donne un billet hilarant, d’un humour aussi féroce qu’irrévérencieux (22/5/2018)

Bandeau de la page d’accueil du site de « Fray Gerundio » – illustration d’un roman picaresque espagnol anonyme, « La Vie de Lazarillo de Tormes » (1554) auquel l’auteur du blog emprunte son patronyme

Dans son dernier billet, traduit par Carlota (Un défilé blaphématoire et un haut clergé complice ), le vieux moine ronchon nous parlait du défilé blasphématoire du gala du Metropolitan Museum of Art de New-York et dont le sponsor était… rien de moins que le Vatican !
Il nous revient avec cet article au vitriol dont le point de départ est cette fois un mot qui occupe une place d’honneur dans le lexique papal : discerner. Au point que notre religieux lui a trouvé un synonyme de son invention, plus évocateur du nom du Pape: bergoglier.

BERGOGLIER ET DISCERNER

par Fray Gerundio de Tormes
adelantelafe.com
18/05/18
Traduction de Carlota

* * *

Je dois rester dans ma cellule pendant quelques jours car mes supérieurs m’ont conseillé de commencer un processus de discernement par rapport à ma position critique concernant quelques unes des choses qui se passent à Rome et dans le reste de la Chrétienté. Mes opinions sur le Gala Met se sont révélées très dures quand elles sont tombées dans des oreilles à l’intelligence limitée, et ont provoqué toute une série de graves protestations parmi les frères les plus fervents de l’actuelle situation ecclésiale et désireux de promotion, alors que le Chapitre Provincial va avoir lieu. Comme d’habitude ils sont tolérants avec celui qui pense comme eux. Et ils accusent d’intolérance, en bloc, celui qui s’écarte de leurs sages argumentations. Ce n’est pas nouveau.

J’ai donc fait une pause pour réfléchir au développement qu’a vécu le vocable discerner tout au long de ce Pontificat. Si l’on avait payé au Vatican des droits d’auteur pour la promotion de ce verbe, ou s’il avait reçu une commission pour être un créateur d’opinion avec ce concept, on n’aurait pas eu besoin de prêter des ornements sacrés pour le Gala Béni ; il aurait suffi que le cardinal Ravasi, – un Grand Promoteur -, se mette un pendentif à l’oreille et un tatouage new age sous la calotte, ou que le jésuite nord-américain Martin sorte le bikini de son armoire.

Et c’est ainsi que discerner en est venu à se transformer en un syntagme essentiel dans la linguistique bergoglienne et les collectifs adjacents.
Mais il est clair que le mot ci-dessus doit être interprété en relation avec le nouveau paradigme que l’Esprit Saint impulse dans l’Église. Et puisque le nouveau paradigme consiste essentiellement dans le fait que ce qui était autrefois un péché, peut maintenant être un péché ou ne pas l’être, le discernement consistera – aussi essentiellement – à comprendre que dans mon cas, ce n’est pas un péché.

Cette théorie doit être expliquée clairement. Les évêques allemands l’ont très bien compris. Et de plus en plus d’évêques se joignent à eux, comme le sable dans le sablier. La fidélité de la Hiérarchie est impressionnante. Mais comme je l’ai dit auparavant, c’est déjà devenu d’un usage habituel pour les fidèles qui restent debout en attente de l’infaillible loquacité en provenance de Sainte Marthe.

Certains de mes frères se sont fâchés alors que j’expliquais au réfectoire cette phrase, en même temps que je contemplais mon plat de choux cuits, et que je commençais à essayer de discerner si je les mangeais immédiatement ou si j’évoquais d’abord un succulent et bien épais filet de viande.

Je disais par exemples aux frères : Deux homosexuels très catholiques vivent ensemble. Vivre ensemble, on se comprend. Et la nuit, après avoir récité le Rosaire dans la salle de séjour, eh bien ils continuent à vivre ensemble. Le matin suivant ils doivent aller à la Paroisse car c’est dimanche et l’un des deux doit chanter a capella et l’autre lire la seconde lecture, puisque tous les deux sont très aimés dans la paroisse. Ce sont de très braves types tous les deux, ils aident les petites vieilles à traverser la rue, ils disent bonjour à leurs voisins au marché et ils vendent des tartes aux pommes à la fin de la messe (pour les œuvres de la paroisse). Arrive le moment de la communion et recueillis pour l’eucharistie, ils vont communier.

À ce moment-là un type quelconque mais version vinaigre et trident (ou dit différemment, tridentin – ndt donc fidèle des messes en latin), leur rappelle qu’on ne peut accéder à la communion en pécheur pour recevoir le Corps du Christ. Alors eux, qui sont un couple stable, accompagné par un prêtre compétent et avec on ne peut plus d’expérience, – mais pourvu qu’il ne porte ni trident ni vinaigre et qu’il soit plutôt pro-tout,- ils discernent donc que comme ils sont des catholiques de cœur, qu’ils aiment Dieu et qu’hier soir ils ont récité le Rosaire et qu’ils ont fait tous les deux ensemble un master dans une université jésuite… effectivement non seulement ils peuvent accéder à la communion, mais ils doivent le faire, parce que l’Esprit Saint les a aidés à discerner. Et c’est que l’Esprit suscite des surprises de Dieu, comme l’a déjà dit Ciceroglio (!!).

C’est seulement un exemple, que chacun aura à appliquer à son cas dans le concret. Mais supposons que ce couple discerne qu’ils ne doivent pas communier parce que ce n’est pas bien ce qu’ils font et qu’ils vivent dans le péché. Dans ce cas le curé de paroisse qui les accompagnait, devra les instruire d’une manière adéquate pour qu’ils apprennent à discerner comment Dieu commande. C’est clair qu’ils ont mal discerné et il faudra les envoyer à un camp de rééducation. S’il y arrive, ce curé sera immédiatement promu comme Evêque d’un quelconque Diocèse récalcitrant.

Il ne faut pas s’étonner que se réunissent des veillées de Pentecôte durant lesquelles l’on demandera à l’Esprit Saint d’aider à comprendre ces situations homophobiques. Avec même des Évêques, comme l’illustre très bien l’article de « Adoración y liberación » sur Infovaticana.

C’est un blasphème d’un genre nouveau, qui donne de la couleur – couleur arc-en-ciel, évidemment – au blasphème général dans lequel dans lequel s’est mise une grande partie de l’Église, tandis que François dit aux bouddhistes que leur spiritualité est merveilleuse et qu’il faut se connaître mutuellement ; ou tandis qu’il « étudie », – i.e. décide manu militari -, avec les Évêques chiliens qui doit mettre sa tête sous la guillotine et doit faire son autocritique, – comme ils disent maintenant en imitant les marxistes d’antan -, pour éviter que ce soit le véritable coupable de toute cette pagaille qui la fasse, – nous savons bien qui c’est. L’autocritique ce n’est jamais le Chef qui la fait, mais ceux que le Chef désigne.

Et c’est que, en fin de comptes, discerner a déjà un synonyme, c’est bergoglier. La définition quand l’Académie Royale (ndt: l’équivalent de l’Académie Française en Espagne) se décidera, pourrait être quelque chose plus ou moins comme cela.
« Bergoglier : Discerner dans une situation ce qui est bien ou mauvais, opter pour le mauvais et le mettre en pratique. Bergoglier veut dire aussi expliquer le caractère bon ou mauvais d’un acte selon le contexte : d’une manière lors de l’Audience Générale et d’une autre aux Évêques allemands. D’une manière lors d’une homélie et d’une autre à un directeur de journal ».

Non seulement nous sommes déjà face au nouveau paradigme mais face à une nouvelle formulation du vieux principe de la syndérèse: discerne le Mal et suis ta conscience pour éviter le Bien. Parce que dans ce cas, ce qui est mal pour les autres, pour toi c’est super-bien.

benoit-et-moi.fr