« VOUS AVEZ VU L’ENFER ! » L’IMMACULÉE CONCEPTION ULTIME RECOURS

LA LETTRE PLACUIT DEO, LETTRE D’APOSTATS
(1997 – 2011)

frère Bruno de Jésus-Marie.

ADRESSÉE par la Congrégation pour la doctrine de la foi aux évêques de l’Église catholique, la lettre Placuit Deo, “ Il a plu à Dieu ”, commence par une profession de foi extraite du numéro 2 de la Constitution dogmatique Dei Verbumdu concile Vatican II, selon laquelle «  La profonde vérité (…) sur Dieu et sur le salut de l’homme, resplendit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation.  »

QUEL «  SALUT  »  ?

Le 13 juillet 1917, après la terrifiante vision de l’Enfer, les visages des voyants expriment l’horreur.

De quoi «  l’homme  » doit-il être «  sauvé  »  ?

«  En se référant particulièrement à l’enseignement du pape François, la présente Lettre entend mettre en évidence quelques aspects du salut chrétien, qui peuvent être aujourd’hui difficiles à comprendre à cause des récentes transformations culturelles.  » (n° 1)

D’emblée, avant même d’avoir précisé de quoi «  l’homme  » doit être «  sauvé  », il faut reconnaître que «  le monde contemporain n’entend pas sans mal la confession de foi chrétienne, qui proclame Jésus comme l’unique Sauveur de tout l’homme et de l’humanité entière  ». Il est loin le temps où saint Pierre proclamait à la face du grand Sanhédrin de Jérusalem  :

«  C’est lui la pierre que vous, les bâtisseurs, avez dédaignée, et qui est devenue la pierre d’angle. Car il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés.  » (Ac 4, 11-12)

Deux «  transformations culturelles  » s’opposent à cette affirmation de notre foi  :

«  D’une part, l’individualisme centré sur le sujet autonome tend à voir l’homme comme un être dont la réalisation dépend de ses seules forces.  »

Le pape Paul VI avait déjà reconnu cette «  transformation culturelle  » et l’avait pour ainsi dire “ canonisée ” dans son discours de clôture du Concile, puis dans son encyclique Populorum progressio, au numéro 34  : «  L’homme n’est vraiment homme que dans la mesure où, maître de ses actions et juge de leur valeur, il est lui-même auteur de son progrès, en conformité avec la nature que lui a donnée son Créateur et dont il assume librement les possibilités et les exigences.  »

Au contraire, le pape François semblait réprouver cette prétention dans son Exhortation apostolique Evangelii gaudiumdu 24 novembre 2013 au numéro 67  :

«  L’individualisme postmoderne et mondialisé favorise un style de vie qui affaiblit le développement et la stabilité des liens entre les personnes, et qui dénature les liens familiaux. L’action pastorale doit encore mieux montrer que la relation avec notre Père exige et encourage une communion qui guérit, promeut et renforce les liens interpersonnels.  »

En commentant cette Exhortation apostolique du pape François, j’observais avec bonheur que «  le “ personnalisme ” n’est donc pas le dernier mot de notre “ culture ”  ! mais qu’il doit laisser place à “ la relation avec notre Père ”, notre très chéri Père Céleste, fondement de la famille. C’est sauveur  !  » (Il est ressuscité n° 134, décembre 2013, p. 19)

Depuis, cinq ans ont passé et non seulement cette Exhortation apostolique n’a pas remédié à cette “ maladie mentale ”, d’un autisme généralisé, mais la lettre Placuit Deo constate qu’elle s’est aggravée de «  la vision d’un salut purement intérieur, qui suscite peut-être une forte conviction personnelle ou le sentiment intense d’être uni à Dieu, mais sans que soient assumées, guéries et renouvelées nos relations avec les autres et avec le monde créé.

«  Dans cette perspective, il devient difficile de saisir le sens de l’Incarnation du Verbe, qui L’a fait membre de la famille humaine, en assumant notre chair et notre histoire, pour nous les hommes et pour notre salut.  » (n° 2)

ERREURS ANCIENNES ET NOUVELLES.

«  Dans son magistère ordinaire, rappelle aux évêques catholiques la lettre Placuit Deo de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le pape François s’est souvent référé à deux tendances qui représentent les deux déviances mentionnées ­ci-dessus, lesquelles ressemblent par certains aspects à deux hérésies de l’Antiquité, le pélagianisme et le gnosticisme.  » (n° 3) Le pape François les réunissait sous l’appellation de «  la mondanité spirituelle, qui se cache derrière des apparences de religiosité et même d’amour de l’Église  », laquelle «  consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine et le bien-être personnel. C’est ce que le Seigneur reprochait aux pharisiens  :“ Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez la gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique  ? ” (Jn 5, 44) Il s’agit d’une manière subtile de rechercher “ ses propres intérêts, non ceux de Jésus-Christ ” (Ph 2, 21). Elle prend de nombreuses formes, suivant le type de personne et la circonstance dans laquelle elle s’insinue.  »

Une première forme consiste en «  une foi renfermée dans le subjectivisme, où seule compte une expérience déterminée ou une série de raisonnements et de connaissances que l’on considère comme pouvant réconforter et éclairer, mais où le sujet reste en définitive fermé dans l’immanence de sa propre raison ou de ses sentiments.  » À cette «  mondanité  », le Pape donne l’appellation de «  gnosticisme  » (Evangelii gaudium, nos 93-94, cité in Il est ressuscitén° 134, p. 22).

À cette «  immanence  », le pape saint Pie X, pour sa part, donnait le nom de «  modernisme  ». Et quel remède souverain opposait-il à cet «  égout collecteur de toutes les hérésies  »  ? L’Immaculée Conception  ! Dès son encyclique Ad diem illum lætissimum, du 2 février 1904, célébrant le cinquantenaire de la définition de ce dogme par son saint prédécesseur Pie IX, il posait la même question que la lettre Placuit Deo  :

«  D’où partent, en réalité, les ennemis de la religion pour semer tant et de si graves erreurs, dont la foi d’un si grand nombre se trouve ébranlée  ?  »

Il est vrai que la lettre Placuit Deo ne semble pas connaître les «  ennemis de la religion  » dénoncés par saint Pie X, mais seulement des «  transformations culturelles  ». Et pourtant, en 1957, sœur Lucie parlait comme lui, disant au Père Fuentes que «  le démon livre une bataille décisive contre la Sainte Vierge  ». Elle avait eu la révélation de ce combat à Fatima, en 1917, confirmation des avertissements de saint Pie X, trois ans après sa mort, comme la Sainte Vierge avait confirmé les enseignements de saint Pie IX en révélant son nom à Bernadette  : «  Je suis l’Immaculée Conception  ». Ici, Elle soutient le combat de saint Pie X  :

«  Ils commencent par nier la chute primitive de l’homme et sa déchéance. Pures fables, donc, que la tache originelle et tous les maux qui en ont été la suite  : les sources de l’humanité viciées, viciant à leur tour toute la race humaine  ; conséquemment, le mal introduit parmi les hommes, et entraînant la nécessité d’un rédempteur. Tout cela rejeté, il est aisé de comprendre qu’il ne reste plus de place ni au Christ, ni à l’Église, ni à la grâce, ni à quoi que ce soit qui passe la nature. C’est l’édifice de la foi renversé de fond en comble.  » Pie X n’en restait pas là  :

«  De plus, c’est une perversité commune aux ennemis de la foi, surtout à notre époque, de répudier et de proclamer qu’il faut répudier tout respect et toute obéissance à l’égard de l’autorité de l’Église, voire même de tout pouvoir humain, dans la pensée qu’il leur sera plus facile ensuite de venir à bout de la foi.

«  C’est ici l’origine de l’ anarchismedoctrine la plus nuisible et la plus pernicieuse qui soit à toute espèce d’ordre, naturel et surnaturel.  »

En se contentant d’incriminer «  de récentes transformations culturelles  », la lettre Placuit Deo démissionne en plein combat et passe à l’ennemi  :

«  Face à ces tendances, la présente Lettre veut redire que le salut consiste dans notre union avec le Christ qui, par son Incarnation, sa vie, sa mort et sa résurrection, a fait naître un nouvel ordre de relations avec le Père et entre les hommes, et nous a introduits dans cet ordre grâce au don de son Esprit, afin que nous puissions nous unir au Père comme fils dans le Fils, et devenir un seul corps dans “ le premier-né de nombreux frères ” (Rm 8, 29).  »

La citation de saint Paul ne doit pas nous tromper. Le «  nouvel ordre de relations avec le Père et entre les hommes  » dont parle la lettre Placuit Deo n’est pas celui que saint Pie X annonçait dans son encyclique inaugurale E supremi apostolatus, du 4 octobre 1903  :

«  Nous déclarons que notre but unique dans l’exercice du Suprême pontificat est de tout restaurer dans le Christ afin que le Christ soit tout et en tous… Nous ne serons rien d’autre au milieu des sociétés humaines, que le ministre de Dieu qui nous a revêtu de son autorité. Ses intérêts sont nos intérêts, leur consacrer toutes nos forces et notre vie elle-même, telle est notre résolution inébranlable.  »

Par quel moyen  ? Par celui de l’obéissance au dogme de la foi en l’Immaculée Conception  :

Car, poursuivait le saint Pape dans Ad diem illum, «  une telle peste, également fatale à la société et au nom chrétien, est dissipée par le dogme de l’Immaculée Conception de Marie, par l’obligation qu’il impose de reconnaître à l’Église un pouvoir, devant lequel non seulement la volonté ait à plier, mais encore l’esprit. Car c’est par l’effet d’une soumission de ce genre que le peuple chrétien adresse cette louange à la Vierge  : “ Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n’est point en vous. ”  »

La Congrégation pour la doctrine de la foi est tellement éloignée de cette pensée que l’Immaculée Conception est absente de sa Lettre et qu’il faut attendre le dernier paragraphe pour lire le Nom de «  Marie, Mère du Sauveur et première des sauvés  », citée en «  exemple  » à imiter (n° 15)  !

Ce n’est pas que la Lettre méconnaisse entièrement la nécessité d’un “ combat ”, mais c’est pour obtenir «  la santé physique  », voire «  un plus grand bien-être économique  », «  une paix intérieure  », «  une vie pacifique avec le prochain  ». Est-ce là «  le salut  » dont il s’agit  ?

«  D’autre part, tout en se présentant comme le désir d’un bien plus grand, la recherche du salut garde aussi un caractère de résistance et de dépassement de la douleur. À la lutte pour la conquête du bien se joint la lutte contre le mal, mal de l’ignorance et de l’erreur, mal de la fragilité et de la faiblesse, mal de la maladie et de la mort.  » (n° 5)

Et le péché  ? Il est mentionné au numéro 7  : «  En péchant, l’homme a abandonné la source de l’amour…  » Qu’est-ce donc que “ pécher ”  ? Nous n’en saurons pas davantage, sinon qu’ «  à aucun moment du chemin de l’homme, Dieu n’a cessé d’offrir son salut aux fils d’Adam (cf. Gn 3, 15).  »

Celui qui se reportera à la référence indiquée ici lira cet oracle  :

«  Je mets une hostilité entre toi et la Femme, entre ta semence et la sienne. Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon.  »

En annonçant une inexpiable hostilité entre la «  semence  » du Serpent et celle de la Femme, Dieu n’ «  offre  » donc pas «  son salut aux fils d’Adam  » mais à ceux de la Femme, nouvelle Ève.

«  En établissant une alliance avec tous les hommes en Noé (cf. Gn 9, 9) et, plus tard, avec Abraham et sa descendance (cf. Gn 15, 18).  »

Noé est «  sauvé  » d’un Déluge, châtiant une universelle iniquité «  que partagent tous les hommes  », sauf lui et les siens par «  grâce  » (Gn 6, 8).

La «  descendance  » d’Abraham est la figure de celle de Marie par qui Dieu «  est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, – selon qu’Il l’avait annoncé à nos pères – en faveur d’Abraham et de sa postérité à jamais  !  » (Lc 1, 54-55)

«  Le salut donné par Dieu assume ainsi l’ordre du créé que partagent tous les hommes, et il parcourt leur chemin concret dans l’histoire.  »

“ Concrètement ”, «  le salut donné par Dieu  » passe donc par Marie et n’ «  assume  » pas tout «  l’ordre du créé  » indistinctement, mais seulement celui «  qui est né de l’Esprit  » (Jn 3, 8).

«  En se choisissant un peuple auquel il a offert les moyens nécessaires pour lutter contre le péché et s’approcher de Lui, Dieu a préparé la venue d’ “ une force qui nous sauve, dans la maison de David, son serviteur ” (Lc 1, 69).  » «  Par la rémission des péchés  », précise Zacharie (Lc 1, 76). Mais pas la Lettre.

JESUS NOTRE RÉDEMPTEUR.

La lettre Placuit Deo ne connaît pas ce mystère  :

«  À la plénitude des temps, le Père a envoyé au monde son Fils, qui a annoncé le Royaume de Dieu, en guérissant toutes sortes de maladies (cf. Mt 4, 23). Les guérisons opérées par Jésus, manifestations de la Providence de Dieu, étaient des signes qui renvoyaient à sa personne, à Celui qui s’est pleinement révélé comme Seigneur de la vie et de la mort dans son événement pascal. Selon l’Évangile, le salut pour tous les peuples commence avec l’accueil de Jésus  :“ Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison. ” (Lc 19, 9) La bonne nouvelle du salut a un nom et un visage  : Jésus-Christ, Fils de Dieu Sauveur. “ À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et, par là, son orientation décisive. ”  » (n° 8)

De quel «  événement  » s’agit-il  ?

De celui qui «  efface tous les autres innombrables événements de l’histoire humaine  : de la Passion de Jésus et de sa Mort ignominieuse qui sont de toutes les actions des hommes celles qui pèsent le plus, étant toujours présentes à des milliards d’hommes. Le Signe sacré de cette rédemption se dresse partout et parle un langage sans équivalent  : c’est la Croix portant l’effigie du Christ  », comme n’a cessé de le rappeler Georges de Nantes (CRC n° 43, avril 1971, p. 1).

Or, la Croix est absente de la Lettre aux évêques  ! Elle n’est pas même mentionnée  :

«  Au long de sa tradition séculaire, par le biais de multiples figures, la foi chrétienne a mis en lumière cette œuvre salvifique du Fils incarné. Elle l’a fait sans jamais séparer l’aspect de guérison que procure le salut, par où le Christ nous rachète du péché, de l’aspect d’élévation, par où Il nous rend fils de Dieu, participants de sa nature divine (cf. 2 P 1, 4). Si l’on considère la perspective salvifique en un sens descendant (à partir de Dieu qui vient racheter les hommes), Jésus illumine et révèle, rachète et libère, divinise l’homme et le justifie. Si l’on prend la perspective ascendante (à partir des hommes qui s’adressent à Dieu), Il est Celui qui, en Souverain Prêtre de la Nouvelle Alliance, offre au Père le culte parfait au nom des hommes  : Il se sacrifie, expie les péchés et reste toujours vivant pour intercéder en notre faveur.  » (n° 9)

Sous le titre La victime offerte par les hommes à Dieu, Georges de Nantes mettait dans la bouche de la divine «  Victime  » la prière liturgique qui d’un pôle du monde à l’autre, rassemblait depuis des siècles en un seul Corps les membres de la famille humaine dispersée. Le Mémorial de cette Passion est le Saint-Sacrifice de la messe, sacrement en voie de disparition depuis le concile Vatican II.

En 1971, l’abbé de Nantes écrivait  :

«  L’Église ne serait rien sans cette Eucharistie quotidienne, fruit de la Croix. La Croix ne serait rien si celui qui y est cloué n’était notre Sauveur  ; et ce Jésus ne serait pas notre Rédempteur s’il n’était le Fils de Dieu, Dieu lui-même, nous redonnant la vie par sa mort. On comprend que Tertullien ait lancé aux docètes, qui niaient la réalité de la Passion du Christ l’apostrophe bouleversante  : “ Parce unicae spei totius orbis  ! Ayez pitié de l’unique espérance du monde entier  ! ” (De Carne Christi, 5; Adv. Marc. III, 8)

«  Dans ce mystère tout se retrouve indissociablement lié. Par la Croix, l’homme est attaché à Dieu comme, ô folie, Dieu est attaché à l’homme. Cette croix tend ses bras vers toute créature. On pourrait dire, d’un mot moderne, que tout est “ intégré ” dans le Christ par la Croix, notre vie individuelle comme la grande histoire universelle. Et puis, ce mot en vogue ne fait que reprendre pauvrement le terme cher à saint Irénée dans son grec rocailleux  : l’ “ Anaképhalaiosis ”, la récapitulation de tout dans le Verbe de Dieu crucifié.

«  L’Évangile du Salut répond à notre plus profonde expérience, celle du péché et de la grâce, expérience que saint Augustin a su formuler en termes définitifs, inégalés. Si je suis dans le péché, je me trouve l’esclave volontaire d’une Puissance qui me domine et me mène sans que je trouve en moi ni point d’appui, ni levier ni énergie quelconque pour m’en libérer. Pareil à l’ignorance, à la maladie, à la mort, le Péché me dévore mais à lui je consens, alors même que j’en souffre et m’en désespère. Ma seule ressource est de crier vers Dieu du fond de 1’abîme où je suis, d’implorer son secours  : De profundis

«  Le mal que je fais vient de moi, note brièvement Augustin. Je suis comme celui qui tombe dans le vide et n’a point de force en tout lui-même pour s’arrêter. Qui le sauvera  ? Et si je suis dans la sainteté, je vois que cette sainteté n’est pas de moi mais qu’elle est une œuvre de la grâce. Plus encore que le péché, l’état de grâce témoigne de l’impuissance de l’homme  : son salut lui paraît alors une sorte de miracle. Le bien qui est en moi, dit encore Augustin, c’est Dieu qui le fait. Asservi au péché, j’implore de Dieu son intervention libératrice, comme un don de pure grâce. Converti et fixé dans le bien, je comprends pareillement qu’agit en moi un Sauveur dont la Puissance triomphe de tout quand il le veut, à ma prière…

«  Ainsi, le chrétien ne trouve-t-il dans sa vie, en aucun recoin de sa vie mondaine, la raison de sa délivrance ni la force qui le transforme. Un Mystère à part, une œuvre de salut tout autre, une Rédemption est en action dans toute notre vie, événement unique dont dépend tout le reste et dont l’Auteur est le ­Seigneur Jésus-Christ “ qui passus est pro salute nostra ”, qui souffrit pour notre Salut (Symbole de saint Athanase).  » (CRC n° 43, p. 1).

DIEU, CRUCIFIÉ POUR NOUS, PÉCHEURS.

«  “ Père, je me consacre pour eux afin qu’ils soient eux aussi consacrés en vérité ”, telle est la Prière de Jésus à l’heure nocturne où déjà le traître avertit ses ennemis qu’il va le leur livrer (Jn 17, 19). Ce Souverain Prêtre et Pontife de la Nouvelle et Éternelle Alliance, pour achever l’œuvre divine de pardon et de miséricorde fixée par le Père, se consacre lui-même et se livre ainsi en hostie volontaire à la souffrance et à la mort comme pour une immolation cultuelle d’expiation et d’action de grâces à Dieu. Il va être bientôt visiblement la victime de la haine et de la violence des hommes.

«  Mais, en vertu de cette consécration mystique, il sera invisiblement victime pour les hommes d’un sacrifice offert à Dieu et accepté par Lui. Fils de Dieu, Jésus est prêtre et comme tel il distribue la grâce, la vérité et l’amour de Dieu à tous ceux qui s’approchent avec foi et réclament son ministère. Ainsi feront plus tard les prêtres, comme d’autres Christ. Fils de l’homme, Jésus éprouve en son âme le désir religieux et la ferme volonté de consacrer de la part de ses frères à Dieu, son Père et le leur, tout ce qui est humain en lui, tout ce qui est de la créature. Et c’est pourquoi il livre sa Chair, il répand d’avance son Sang en oblation eucharistique. Son Humanité ainsi “ sanctifiée ” appelle sur elle cette Passion qu’il était du dessein de Dieu de lui voir souffrir. Jésus meurt sur la Croix, tout à la fois Prêtre du Très-Haut, manifestant aux hommes le pardon infini de Celui qui l’envoie, et Victime offerte au nom des hommes à Dieu en action de grâces et en volonté de communion avec Lui.

«  À travers les siècles, l’Eucharistie consistera essentiellement dans cette Consécration du Corps et du Sang du Christ en Victime offerte à Dieu par l’Église et devenue ainsi, dans la réitération de son Sacrifice crucial, la matière et le sacrement de la parfaite communion de Dieu avec les hommes.  » (ibid., p. 10)

Tel est le fondement dogmatique de notre consécration au Sacré-Cœur de Jésus dans lequel la Croix est plantée  :

«  Celui qui pourrait embrasser d’un seul regard toutes les données de ce Mystère du Christ aurait une vue bienheureuse des abîmes du Cœur Sacré de Jésus, lieu de confluence de l’Amour divin et humain. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni  ! En Jésus Verbe Incarné, Dieu se donne avec tout l’infini de son amour pour les hommes qu’il se réconcilie, et suprêmement par les souffrances de sa Passion. Tel est le mouvement divin qui emporte son Cœur et l’ouvre à nous transpercé. En Jésus notre frère, l’Homme se consacre à Dieu dans des sentiments de religion très parfaite et mérite de lui plaire, principalement en s’immolant dans son Corps et dans son Sang sur la Croix en sacrifice. Dieu parle ainsi aux hommes le langage du Cœur du Christ et dans ce même langage du Cœur du Christ les hommes chantent sa Gloire.  » (CRC n° 43, p. 10)

La lettre Placuit Deo rejette-t-elle de ce «  salut  » opéré par le Christ toute espèce de “ gnosticisme ”  ? Hélas  ! non. Elle le réintroduit d’une manière nouvelle et mortelle.

UNE GNOSE CHASSE L’AUTRE  !

«  Il est clair que le salut apporté par Jésus en sa personne même n’advient pas de manière purement intérieure. En effet, pour pouvoir communiquer à toute personne la communion salvifique avec Dieu, le Fils s’est fait chair (cf. Jn 1, 14). C’est précisément en assumant la chair (cf. Rm 8, 3; He 2, 14; 1 Jn 4, 2) et en naissant d’une femme (cf. Ga 4, 4) que “ le Fils de Dieu s’est fait fils de l’homme ” et notre frère (cf. He 2, 14).  »

Au moment où l’on cite saint Paul écrivant aux Galates qu’il est «  fils d’une femme  », l’expression «  fils de l’homme  » est malencontreuse et prête le flanc à une négation de la naissance virginale de Jésus. C’est la raison pour laquelle les Apôtres ne l’employaient jamais.

De quelle «  femme  » le Fils de Dieu fait homme tient-il cette condition nouvelle  ? De la Vierge Marie, Mère de Celui qui naît aussi purement d’Elle en son humanité que de son Père selon la Divinité. Quand Jésus s’adresse à Marie en lui disant «  Femme  » à Cana (Jn 2, 24), puis au Calvaire du haut de la Croix (Jn 19, 26), la signification de cette appellation, insolite de la part d’un fils à sa mère, s’éclaire comme un rappel de la malédiction antique  : «  Je mets une hostilité entre toi et la femme, entre ta semence et la sienne. Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon.  » (Gn 3, 15) Marie est la nouvelle Ève, «  la mère des vivants  ». Dans le moment même et du fait de l’Incarnation, Marie est associée, par toute sa personne, pour une communauté entière de vie et de destin avec la Personne du Verbe, en sorte que le Verbe est l’Époux de Marie qu’il féconde par le don de son Esprit.

«  Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon.  » Cet oracle annonce la démarche «  vacillante  » du Saint-Père, observée par les voyants de Fatima dans la vision du troisième secret, le 13 juillet 1917. Elle résulte de la morsure venimeuse «  au talon  », dont la lettre Placuit Deo porte les stigmates  :

«  Ainsi, en tant qu’Il est venu faire partie de la famille humaine, “ Il s’est uni en quelque sorte à tout homme ”.  » (Gaudium et spes 22, 2)

«  C’est prodigieux  !  » s’écrie l’abbé de Nantes, notre Père. «  Nous voilà tous unis, physiquement unis au Fils de Dieu, Dieu lui-même. Y ’ a plus d ’problèmes  !

«  La suite n’est rien, mais a encore l’air de prouver ce qui vient d’être dit  : “ Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme (nouvelles références en note  ; c’est pas difficile, puisque l’auteur est rentré dans le domaine de la vraie foi), il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché. ” Votre fausse perle, vous pouvez bien l’enchâsser dans une rivière de diamants, vous êtes un faussaire et vous irez en prison avec votre fausse perle en pendentif pour mémoire éternelle de votre tromperie universelle.

«  Pour les bons catholiques, je les avertis de l’avantage que l’auteur et ses collègues trop confiants trouvaient à cette supercherie “ dialectique ”, d’un néoplatonisme de pacotille  : tous les hommes ont été par le fait même de l’Incarnation du Fils de Dieu “ en quelque sorte ” unis dans leur humanité à la sienne, et par là physiquement élevés jusqu’à partager sa dignité de Fils de Dieu et son destin. Le problème du salut est réglé. Plus d’enfer, plus de purgatoire, plus de morale, plus rien. Et il n’y a même plus besoin d’une Rédemption par la Croix de Jésus, ni de réparation par nos pénitences et nos pauvres mérites. Jadis, toute notre mystique était fondée sur notre union moraleau Christ-Dieu  : union morale veut dire union des volontés… désormais nous sommes au Christ comme des frères siamois, indétachables de Lui, quelle que soit notre moralité.  » (Autodafé, p. 366-367)

C’est bien ce qu’a compris la Congrégation pour la doctrine de la foi qui enchaîne  : «  … Et Il a établi, avec Dieu, son Père, et avec tous les hommes, un nouvel ordre de rapports, dans lequel nous pouvons être incorporés pour participer à sa vie même. Par conséquent, l’assomption de la chair, loin de limiter l’action salvifique du Christ, lui permet d’être concrètement médiateur du salut de Dieu pour tous les fils d’Adam.  » (n° 10)

Inconditionnellement  ? «  Pour tous.  »

«  En conclusion, le Christ est Sauveur dans la mesure où Il a assumé l’intégralité de notre humanité et a vécu une vie humaine en pleine communion avec le Père et avec ses frères. Le salut consiste à nous incorporer à cette vie qui est la sienne, en recevant Son Esprit (cf. 1 Jn 4, 13). Il est devenu ainsi, “ d’une certaine manière, le principe de toute grâce selon l’humanité ”. Il est en même temps le Sauveur et le Salut.  » (n° 11)

Nous ne savons toujours pas de quoi il nous sauve.

QUEL SALUT  ?

Dans son Autodafé auquel il vouait les Actes du concile Vatican II notre Père écrivait au fil de son commentaire de Gaudium et spes, n° 45 § 1  :

«  “ Qu’elle aide le monde ou qu’elle reçoive de lui (c’est le rappel des quatre précédents articles  : elle aide, 41-43; elle reçoit, 44), l’Église tend vers un but unique  : que vienne le règne de Dieu et que s’établisse le salut du genre humain. ” Qui a vu  ? quoi  ? C’est rusé, c’est futé… Je crois que sans une grâce de lumière instantanée, je n’aurais rien vu, donc rien compris, et j’aurais lâché le livre pour n’y plus jamais remettre le nez. Vous aussi  ? Voyez comme c’est insidieux  !

«  a) Je dénonce le mensonge. Les premiers mots établissent une fausse alternative, distrayante, pour établir un rideau de fumée sur la vraie alternative, qui est celle-ci  : l’Église ­passera-t-elle au service de l’homme et de la démocratie mondiale, ou ­demeurera-t-elle au seul et exclusif service de Dieu, de Jésus-Christ selon les dogmes, morales, sacrements et discipline de toujours  ? Telle est la question vitale à laquelle, dans ces cinquante-cinq pages terrifiantes, l’Église conciliaire a répondu en faveur du monde dont Satan est le Prince, et en défaveur odieuse, de l’Église catholique d’hier, d’aujourd’hui et de toujours, qu’elle veut non plus être, mais seulement paraître pour éviter de rien casser.

«  b) Cependant, la suite semble contredire mon accusation de plein fouet  : “ l’Église tend vers un but unique ”, voilà qui est déjà rassurant  ! “ … que vienne le Règne de Dieu ”, c’est la ­deuxième demande du Pater, “ et que s’établisse le salut du genre humain ”.

«  Épais mensonge cent fois usé et répété, mais mensonge suprême quand, sous les mêmes mots admirables du langage sacré de l’Église, se glisse imperceptiblement le venin de la gnose moderne. On croirait voir, comme dans le vieux film de mon enfance, le diable se couler dans la peau de ­Garrigou, pour “ animer ” à sa manière les trois messes basses inventées par Alphonse Daudet  !

«  “ Que vienne le Règne de Dieu ”, pour le Concile, c’est l’avènement ici-bas, et c’est ça qui compte  ! de la “ civilisation de l’amour ”, grâce au “ Mouvement d’Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle ” enfin bien parti pour l’an 2000. Et “ que s’établisse le salut du genre humain ” veut dire la même chose, parce que pour le Concile, le salut qui importe «  avant tout  » aujourd’hui, c’est la paix, c’est la liberté, c’est tout sauf la foi catholique liée au baptême et suivie de la pratique de tout ce que Jésus a commandé. Relisez Marc 16, 16  : “ Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. ” C’est bien ce que déclare faire le Concile, mais ensuite l’un des deux déraille  : “ Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé  ; celui qui ne croira pas sera condamné… ”

«  Et celui qui parle n’est pas un menteur. C’est Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Juge de demain.

«  Vous savez que Congar se préoccupait fort du problème nouveau posé par le Concile, du fait que celui-ci érigeait en fin ultime de la vie humaine la construction de la Cité radieuse de son rêve et la Vie éternelle quelque part en Dieu. Or nul être ne peut avoir deux fins ultimes en même temps. Eh bien  ! ils ont cherché, ils ont trouvé  : il n’y a qu’à exprimer ces deux fins par le même mot de “ salut ”  ! et aussi bien celui de “ Règne de Dieu ”. La religion ancienne n’en est pas changée, la religion nouvelle y gagne sa reconnaissance officielle. C’est fort  ! sous le même mot  : Dieu et le diable.  » (Autodafé, p. 500-501)

La lettre Placuit Deo repose entièrement sur ce subterfuge  :

«  Le lieu où nous recevons le salut apporté par Jésus est l’Église […], communauté visible  : en elle, nous touchons la chair de Jésus, surtout dans les frères qui subissent le plus la pauvreté et la souffrance En somme, la médiation salvifique de l’Église, “ sacrement universel du salut ”, nous assure que le salut ne consiste ni dans l’autoréalisation de l’individu isolé, ni non plus dans sa fusion intérieure avec le divin, mais dans l’incorporation à une communion de personnes, qui participe à la communion de la Trinité.  » (n° 12)

La vérité catholique nous enseigne que l’Église est une société historique et hiérarchique où les biens patrimoniaux de la vraie religion sont transmis par des actions sacramentelles précises.

Or, on lit dans la constitution Gaudium et Spes (n° 45, 1) que l’Église est le «  sacrement universel du salut  » en ce sens qu’elle «  manifeste  » par sa seule présence «  le mystère de l’amour de Dieu pour l’homme  ». Et non seulement elle le manifeste mais «  elle l’actualise  », c’est-à-dire qu’elle le réveille en Dieu et le donne à l’homme rencontré. Ce qui rend superflus tout ministère sacerdotal, toute offre de réception des sacrements. C’est pourquoi le pape François ne fait aucun cas de la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois et de l’assistance de Marie promise à l’heure de la mort de ceux qui l’auront pratiquée fidèlement avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme. C’est-à-dire pour les sauver de l’Enfer et les emmener au Ciel  !

De nouveau, la suite semble contredire mon accusation, au moment où elle la vérifie  !

«  Dans l’Église, la participation au nouvel ordre de rapports inaugurés par Jésus advient par les sacrements, dont le baptême est la porte, et l’Eucharistie la source et le sommet.  » (n° 13)

Voici même le péché originel, que l’on croyait oublié  !

«  Ainsi, purifiés du péché originel et de tout péché, nous sommes appelés à une nouvelle existence conforme au Christ (cf. Rm 6, 4).  »

En ce monde ou en l’autre  ? Les deux mon ca­pitaine, si vous y tenez. Mais la question n’est pas là  : «  Avec la grâce des sept sacrements, les croyants grandissent et se régénèrent continuellement, surtout quand le chemin se fait plus ardu et les chutes plus nombreuses. Quand, en péchant, ils cessent d’aimer le Christ, ils peuvent être réintroduits, par le sacrement de la Pénitence, dans l’ordre de rapports inaugurés par Jésus, pour cheminer comme Il l’a fait Lui-même(cf. 1 Jn 2, 6). Ainsi, nous tournons notre regard avec espérance vers le jugement dernier, où toute personne sera jugée sur la réalité de son amour (cf. Rm 13, 8-10), surtout à l’égard des plus faibles (cf. Mt 25, 31-46).  » (n° 13)

Et si le «  jugement dernier  » est une condamnation  ? Alors, point de «  salut  »… François, Lucie et Jacinthe ont vu, de leurs yeux vu, l’Enfer et ils ont entendu les cris de désespoir des damnés. La Congrégation pour la doctrine de la foi ne fait aucun cas de cette révélation terrifiante de la réalité physique de l’Enfer.

Et cependant, elle est loin de concevoir avec le gnosticisme «  le salut comme une libération du corps et des relations concrètes dans lesquelles vit la personne. Au contraire, dans la mesure où nous sommes sauvés “ par le moyen de l’offrande du corps de Jésus-Christ ” (He 10, 10; cf. Col 1, 22), le véritable salut, loin d’être une libération du corps, inclut aussi sa sanctification (cf. Rm 12, 1).  » Et sa glorification dans le Ciel  ? Ou son embrasement dans le feu de l’Enfer  ? Attendez  !

APOCATASTASE

«  Grâce aux sacrements, les chrétiens peuvent vivre en fidélité à la chair du Christ et, par conséquent, en fidélité à l’ordre concret de rapports qu’Il nous a donné.

«  Cet ordre de rapports requiert, de manière particulière, le soin de l’humanité souffrante de tous les hommes, par l’intermédiaire des œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles.  » (n° 14) Précisément, la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare (ci-dessous), nous donne la réponse négligée par la Lettre sur le «  salut  » dont nous achevons la lecture sans savoir de quoi, précisément, le «  salut  » dont il s’agit nous «  sauve  »  !


LE MAUVAIS RICHE ET LE PAUVRE LAZARE

Il y avait un homme riche qui se revêtait de pourpre et de lin fin et faisait chaque jour brillante chère. Et un pauvre, nommé Lazare, gisait près de son portail, tout couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche… Bien plus, les chiens eux-mêmes venaient lécher ses ulcères. Or il advint que le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche aussi mourut, et on l’ensevelit.

Dans l’Hadès, en proie à des tortures, il lève les yeux et voit de loin Abraham, et Lazare en son sein. Alors il s’écria  : «  Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je suis tourmenté dans cette flamme.  »

Mais Abraham dit  : «  Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement ses maux  ; maintenant ici il est consolé, et toi, tu es tourmenté. Ce n’est pas tout  : entre nous et vous un grand abîme a été fixé, afin que ceux qui voudraient passer d’ici chez vous ne le puissent, et qu’on ne traverse pas non plus de là-bas chez nous.

Il dit alors  : «  Je te prie donc, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères  ; qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’ils ne viennent, eux aussi, dans ce lieu de la torture.  »

Et Abraham de dire  :

«  Ils ont Moïse et les Prophètes  ; qu’ils les écoutent  !

 Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront.

Mais il lui dit  :

«  Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus.  » (Lc 16, 19-31)

Miniature, in Évangéliaire d’Echternach (vers 1020). En haut, le riche est à table et festoie, tandis que Lazare, couvert d’ulcères que lèchent les chiens de la maison, mendie à sa porte. Au milieu, il est étendu et exhale son âme que deux anges viennent recueillir pour le conduire dans le sein d’Abraham. En bas, le riche rend l’âme dont s’emparent deux démons pour le précipiter en enfer.


Le MasduMouvement d’animation spirituelle de la démocratie universelle efface la distinction du Ciel et de l’Enfer  :

«  La conscience de la vie en plénitude à laquelle nous introduit Jésus Sauveur pousse les chrétiens à la mission, pour annoncer à tous les hommes la joie et la lumière de l’Évangile. Dans ce but, “ tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels la grâce agit de manière invisible ”, seront prêts à établir un dialogue sincère et constructif avec les croyants d’autres religions, confiants que Dieu peut conduire au salut dans le Christ.  » Sans plus de distinction entre le “ vrai ” et le “ faux ”.

«  Tout en se donnant de toutes ses forces à l’évangélisation, l’Église continue à invoquer la venue définitive du Sauveur, puisque “ nous avons été sauvés en espérance ” (Rm 8, 24)  », puisque le Diable lui-même n’est plus un “ ennemi ”; la mort n’est plus le châtiment du péché originel.

«  Le salut de l’homme ne sera accompli qu’à partir du moment où, après avoir vaincu le dernier ennemi, la mort (cf. 1 Co 15, 26), nous participerons complètement à la gloire de Jésus ressuscité, qui portera à sa plénitude notre relation avec Dieu, avec nos frères et avec tout le créé.  »


Salus Populi Romani

“ Salut du peuple romain ” est le titre de la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome. L’icône que vénère le pape François au départ et au retour de chacun de ses voyages est une variante de l’Hodigitria, titre donné par les Grecs à la Sainte Vierge  : «  conductrice  ». Icône attribuée à saint Luc. La Vierge tient l’Enfant sur le bras gauche et le présente de la main droite qui s’appuie sur la main gauche en forme de croix. Le réalisme des mains croisées, auxquelles on ne voit que quatre doigts, comme sur le Saint Suaire, est le même que celui des mains de Jésus sur la copie de la silhouette frontale empreinte sur le Saint Suaire, sur l’umbella de Jean VII (705-707). (CRC n° 271, p. 8)


Que l’autorité hiérarchique en arrive à se réconcilier à ce point avec le «  Prince de ce monde  » explique le “ souci ” que Notre-Dame de Fatima est venue partager avec Lucie, François et Jacinthe. Sœur Lucie déclarait au Père Fuentes, le 26 décembre 1957  :

«  Dites-leur aussi, Père, que mes cousins François et Jacinthe se sont sacrifiés parce qu’ils ont toujours vu la Très Sainte Vierge très triste en toutes ses apparitions. Elle n’a jamais souri avec nous et cette tristesse, cette angoisse, que nous remarquions chez elle, à cause des offenses à Dieu et des châtiments qui menacent les pécheurs, pénétrait notre âme et nous ne savions qu’inventer en notre petite imagination enfantine comme moyens pour prier et faire des sacrifices.

«  L’autre chose qui sanctifia les enfants vint de la vision de l’enfer. Voilà pourquoi, Père, ma mission n’est pas d’indiquer au monde les châtiments matériels qui arriveront certainement si, auparavant, le monde ne prie pas et ne fait pas pénitence. NonMa mission est d’indiquer à tous l’imminent danger où nous sommes de perdre notre âme à jamais si nous restons obstinés dans le péché.  »

SALUS POPULI ROMANI

Le plan éternel de Dieu en vue de notre salut s’achève par le couronnement de la Sainte Vierge dans le Ciel. Après son Assomption au Ciel, avec son corps, la Sainte Vierge a été couronnée Reine de l’univers par son Fils Jésus-Christ, pour être associée à sa royauté universelle, comme elle l’avait été à sa Nativité et à sa Passion rédemptrice.

Réduire la Vierge Marie au rang de «  première des sauvés  » (n° 15), c’est la découronner en raison de «  transformations  » non pas «  culturelles  », mais conciliaires, et se séparer de son intercession hors de laquelle il n’y a point de salut.

Car ce qu’Elle demande, c’est la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé par le Pape et tous les évêques catholiques… les mêmes que les destinataires de la lettre Placuit Deo… Et alors, il n’y aura pas la guerre  : le bouclier nucléaire de la Russie, connecté à la main de la Sainte Vierge fonctionnera. Et les âmes cesseront de tomber en enfer… Sinon…

Il faut prier pour le Saint-Père, comme il le demande avec insistance et avec raison  ! «  Pauvre Saint-Père.  »

frère Bruno de Jésus-Marie – crc-resurrection