POURQUOI NE PEUT-ON ÊTRE À LA FOIS CATHOLIQUE ET FRANC-MAÇON ?

Père Michel Viot
La réponse du Père Michel Viot – Aleteia
Presque dès l’origine l’Église a multiplié les condamnations de la franc-maçonnerie, dénoncée de manière justifiée et prophétique comme une œuvre des ténèbres. Ses principes sont « inconciliables » avec la foi et ceux qui la rejoignent se mettent « au service d’une stratégie qu’ils ignorent ».
Pourquoi ne peut-on être à la fois catholique et franc-maçon ?
  • 1. La franc-maçonnerie se réclame des confréries des constructeurs de Cathédrales des XII ° et XIII ° siècles, mais sa naissance dans la forme que nous lui connaissons s’est faite bien plus tard, au XVIII ° siècle, en Angleterre, dans le contexte de la fin des guerres de religion.

    Les origines mythiques

    La franc-maçonnerie telle que nous la connaissons aujourd’hui a une longue histoire rattachée d’une certaine manière aux des confréries de constructeurs de Cathédrales qui existaient aux XII ° et XIII ° siècles. Au XVII ° siècle, on ne construisait plus de cathédrales depuis longtemps, mais ces ordres s’étaient, semble-t-il, maintenus en Angleterre où on aime garder les traditions même si elles ne représentent plus grand-chose, mais l’incendie de Londres (2-5 septembre 1666) donna l’occasion à des maçons venus de toute l’Europe de se regrouper pour travailler la reconstruction de la ville et ce fut certainement l’occasion de relancer ces sortes de confréries ou de « clubs » comme aiment en avoir les anglais, quitte à changer au fil du temps leur destination et leur vocation initiale. L’Angleterre était aussi le pays d’Europe qui avait le plus souffert des guerres de religion, qui avaient duré quelque 50 ans, car les rois avaient souvent changé de camp pour finalement s’en tenir à l’Anglicanisme, et la lutte entre chrétiens avait été vive, laissant le pays exsangue, divisé et intolérant sur le plan religieux.

    La fondation de la franc-maçonnerie au XVIII ° siècle

    En 1723, dans ce contexte, le pasteur presbytérien James Anderson publia des constitutions qui sont considérées comme l’acte de naissance de la franc-maçonnerie, après la création d’une première Grande Loge de Londres par Jean Théophile Desaguliers et Anderson, quelques années plus tôt, en 1717. La volonté initiale était de réunir des chrétiens de toutes confessions. Ces constitutions n’avaient plus grand-chose à voir avec le métier de maçon, sinon le symbolisme, mais elles n’étaient pas contre Dieu a priori puisque l’article 1 disait que le maçon n’était ni un athée stupide, ni un libertin irréligieux, mais qu’il croyait « à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord », ce qui fut traduit lors de l’exportation du concept en France par « la religion dont tout chrétien convient ». Rapidement, l’ordre eut un grand succès, toucha à l’économie de l’Angleterre et la forte communauté juive de ce pays ainsi que des non-chrétiens des colonies s’y intégrèrent. En 1738 alors, la Grande Loge publia une deuxième édition des Constitutions qui fit référence à l’Alliance avec Noé, idée prise à la Synagogue, ce qui ouvrait officiellement la porte aux non-chrétiens (l’alliance noachique concerne tous les hommes). Tout cela provoqua des remous, la lutte des « Anciens » contre les « Modernes », puis finalement une réconciliation qui aboutit à la création de la grande loge unie d’Angleterre au début du XIXe siècle.

  • 2. L’Église catholique a condamné de manière presque immédiate toute forme de franc-maçonnerie, soupçonnant une stratégie cachée à laquelle les membres adhèrent en se liant par un pacte inviolable et secret, autour de principes suspectés d’être en opposition avec la foi chrétienne. De Clément XII à Benoît XIV, les reproches portent sur le secret, le serment, la suspicion des états temporels, le soupçon d’hérésies, et l’indifférentisme religieux compte tenu de la variété des participants. Après la Révolution, les accusations pontificales deviennent plus graves, y ajoutant la subversion politique à des erreurs théologiques comme le naturalisme ou encore le syncrétisme, et cela du pape Pie VII à Léon XIII inclus. Ce qui n’a pas empêché un large développement des loges, dans le monde anglo-saxon à majorité protestante, ainsi qu’en Europe, mais aussi dans la France encore catholique où les bulles des papes ont été ignorées jusqu’au Concordat de 1802.
  • 3. À la différence des franc-maçonneries anglo-saxonnes, qui sont restées des clubs un peu élitistes et spiritualistes, les loges se sont impliquées dès le début du XIXe siècle dans la vie politique et publique des pays latins, avec une évolution de plus en plus anticléricale. L’Église a dénoncé l’influence des loges dans la Révolution française de 1789 – même si cela fait débat entre les historiens -, dans la spoliation des États pontificaux, dans les révolutions de 1848, dans les idées socialistes et communistes, ainsi que dans les luttes en vue de la séparation de l’Église et de l’État.
  • 4. Le Pape Léon XIII publiera finalement le 20 avril 1884 l’Encyclique « Humanum Genus », pour reprendre et détailler les condamnations par ses prédécesseurs de cette « œuvre du démon », « au service du royaume de Satan », en reprenant et confirmant la sentence d’excommunication latae sententiae (automatique) et en détaillant longuement ce qui rend ce courant de pensée incompatible avec la foi catholique, notamment le secret, le naturalisme, l’ésotérisme, le syncrétisme et le fait que les membres s’engagent pour de mauvaises raisons à l’aveugle, « au service d’une stratégie qu’il ignorent ».
  • 5. Après Vatican II, l’établissement d’un nouveau code de droit Canon qui ne mentionnait pas explicitement la franc-maçonnerie a créé un débat vite refermé par la publication par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de deux déclarations qui confirment que le jugement négatif de l’Église et les condamnations restent inchangés.
  • 6. Enfin, en dehors des questions proprement religieuses dénoncées par le Saint-Siège, le Grand-Orient de France (qui n’est qu’une obédience maçonnique parmi d’autres) prend régulièrement positions sur des questions politiques et morales qui ne peuvent qu’inquiéter, du fait d’un mode d’action opaque peu compatible avec les principes démocratiques.