Le prédicateur de Carême du Pape

Le “poète-prêtre” choisi par François est proche d’une religieuse espagnole qui propage ouvertement une “théologie queer”. Portrait, sur le site <Corrispondenza Romana> (12/2/2018)

>>> Ci-contre, le dernier livre de Soeur Forcades, dont elle effectue actuellement la promotion en Italie “Siamo tutti diversi! Per una teologia queer

 On fera peut-être à l’auteur de l’article (et à moi!) le reproche de passer un peu vite d’une religieuse borderline, mais inconnue en dehors d’un microcosme, au Pape lui-même; de surcroît à travers une tierce personne, José Tolentino de Mendonça, l’homme choisi pour prêcher les exercices spirituels de Carême de la Curie vaticane. En bref, dira-t-on, Soeur Forcades, ce n’est pas Mendonça, et Mendonça, ce n’est pas le Pape.
Certes. 
Mais je crois au contraire que ce geste s’inscrit parfaitement dans la méthode-François, qui ne peut pas agir trop directement, s’il ne veut pas courir le risque que le soupçon d’hérérésie, pour le moment limité, fasse plus que l’effleurer et s’étende dangereusement hors du cercle restreint des catholiques pointilleux.
Comme la crèche de la Place Saint-Pierre de cette année (voir à ce sujet l’article de Jeanne Smits), c’est un nouveau signe, en direction de la communauté gay, un “point” supplémentaire à ajouter à ceux déjà identifiés par le Père Blake, et à joindre aux autres (cf. Relier les points). Ce que résume parfaitement ces quelques lignes:
La décision du Vatican de faire diriger les exercices spirituels d’Ariccia par José Tolentino de Mendonça, un prêtre connu pour ses liens avec un personnage aussi controversé que Sœur Teresa Forcades, paraîtrait inconcevable, si ce n’était le symptôme d’un dessein politique précis au sein de l’Église Catholique.

L’article ci-dessous, paru initialement sur le site <Corrispondenza Romana> a été trduit en espagnol sur le site <Adelante la fè>.
Traduction en français de Carlota.

LE PAPE FRANÇOIS OUVRE-T-IL LA PORTE À LA « THÉOLOGIE QUEER »?

Le Pape François ouvre-t-il les portes de l’Église Catholique à la “théologie queer”? La question surgit spontanément après avoir appris que c’est le prêtre-poète portugais José Tolentino de Mendonça, connu pour être un admirateur de Sœur María Teresa Forcades i Vila, qui a été choisi pour conduire les imminents et désormais traditionnels exercices spirituels d’Ariccia [petite ville proche de Rome où François, rompant une fois de plus avec la tradition, a décidé de les délocaliser depuis 2014] pour le pape Bergoglio et les membres de la Curie romaine. María Teresa Forcades [voir ici: benoit-et-moi.fr/2014-II] est une théologienne connue pour ses prises de position queer et elle se trouve justement en Italie ces jours-ci pour présenter son livre Siamo tutti diversi! Per una teologia Queer.
Comme le signale l’Osservatore Romano, les prochains exercices spirituels de Carême qui auront lieu du 18 au 23 février à Ariccia dans la Maison du Divin Maître, seront en effet conduits par le prêtre-poète, vice-recteur de l’Université Catholique de Lisbonne et consultant au Conseil Pontifical de la Culture, qui a choisi comme sujet de sa méditation l’ «Éloge de la soif ».

Mais qui est la Sœur Teresa Forcades? 

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Sœur Forcades est une religieuse cloîtrée du monastère bénédictin de Montserrat [en Catalogne] qui parcourt le monde pour répandre l’actuel verbe homosexualiste au sein de l’Église Catholique. Dans ce registre elle est intervenue jeudi dernier 1er février à Reggio Emilia dans le cadre d’un cycle de conférence sur la théologie de la femme, dont l’objet est la promotion de l’acceptation de l’homosexualité dans l’Église Catholique, au sein de laquelle, comme l’explique le site des chrétiens LGBT www.gionata.org «ce sont des femmes théologiennes qui par leur capacité d’analyse arrivent à caractériser et à donner une valeur spécifique à la pensée théologique, afin d’offrir un point de vue nouveau, différent, novateur, inclusif, adressé à ceux qui se sentent aux marges de l’Église».
Interviewée à l’issue de sa présentation, la religieuse espagnole a souligné combien la relation entre l’Église et l’homosexualité a enfin changé grâce à l’avènement du Pape François, qui par l’intermédiaire du Synode sur la Famille a essayé de faire ce qui était possible pour transformer l’attitude de l’Église envers l’homosexualité.

«Je pense que le pape François a essayé de faire un pas en avant dans ce sens lors du Synode sur la Famille. Il n’a pas réussi, mais le climat actuel n’est pas non plus le même que lorsque ce n’était pas François. Par exemple sœur Jeannine Gramik qui depuis de nombreuses années travaille aux Etats-Unis avec des vues sur l’acceptation non seulement de l’ homosexualité mais aussi de l’activité homosexuelle, de l’amour homosexuel physique, a dit que depuis que le pape François est arrivé, elle n’a plus la pression qu’elle subissait auparavant pour ne pas faire un apostolat dans ce sens».

Sœur Forcades a précisé qu’en Amérique du Sud et en Océanie les églises locales étaient en train de réaliser de grandes avancées dans le dialogue avec les homosexuels, plus rapidement qu’en Europe, et elle a reconnu en tous cas, que ces derniers temps et justement depuis l’arrivée du souverain pontife argentin et aussi à travers sa propre expérience, elle trouve que les portes sont plus ouvertes : «Mon expérience est que jusqu’à présent j’ai rencontré plus de personnes qui me soutiennent et sont de mon côté ».

Sœur Forcades est donc une religieuse nettement engagée qui n’a jamais dissimulé ses positions hétérodoxes en matière de sexualité et de «rénovation» de l’Église, et c’est précisément pour cela qu’elle est célébrée et portée aux nues par le mainstream culturel favorables à une « révolution queer » au sein de l’Église Catholique.

Le 19 avril 2015, interviewée par le Corriere della Sera, quand on lui a demandé si elle était favorable aux mariages homosexuels, voilà ce qu’elle a répondu:

« Oui, parce que les identités sexuelles ne doivent pas être considérées comme des contenants étanches que Dieu veut complémentaires et qui doivent toujours rester tels, fixés dans des rôles définis et séparés. Je vis dans le monde et je vois des personnes du même sexe qui s’aiment et elles me demandent : “Pourquoi serait-ce mal? “. Elles semblent heureuses, elles s’aiment vraiment. Pourquoi alors ne pas les bénir ? Pourquoi pas dans l’Église ? Pourquoi n’exulterions-nous pas devant l’amour, quelle que soit la forme qu’il revêt ».

Quelques mois plus tard, le 9 février 2016, elle a précisé avec plus de détails ses idées sur le sujet dans La Repubblica. À la question : «Que pensez-vous des unions civiles [sorte de PACS à l’italienne, ndt] et du mariage homosexuel ? Peuvent-ils être considérés comme un sacrement, peuvent-ils fonctionner aux yeux de Dieu et de la société ?», elle a répondu: « Un sacrement est la manifestation de l’amour de Dieu dans le temps et l’espace. L’amour est toujours un sacrement de Dieu s’il respecte la liberté de l’autre. L’amour possessif, au contraire, même entre un homme et une femme, peut ne pas être sacramentel au sens profond du terme ». Interpelée ensuite sur ce qu’elle pense des enfants adoptéspar des familles homosexuelles, avec deux pères ou deux mères, la théologienne queer a expliqué qu’elle n’y voyait aucun problème : « Oui, absolument. Ce dont les enfants ont besoin, c’est d’un amour adulte, mûr et responsable de la part de parents qui fassent passer les besoins de leurs enfants avant les leurs propres et sachent en même temps fixer des limites justes et les aider à grandir. Le fait d’être élevé par deux femmes ou deux hommes ne pose aucun problème».

La décision du Vatican de faire diriger les exercices spirituels d’Ariccia par José Tolentino de Mendonça, un prêtre connu pour ses liens avec un personnage aussi connu et controversé que Sœur Teresa Forcades, paraîtrait inconcevable, si ce n’était le symptôme d’un dessein politique précis au sein de l’Église Catholique. Des liens basés sur une évidente communion d’idées attestée par un livre de la sœur catalane intitulé «A teologia feminista na história (La théologie féministe dans l’histoire)» auquel le prêtre-poète a consacré une préface flatteuse où il couvre d’éloges les idées originales de l’auteur, idées dont l’Occident (et l’Église), lit-on, feraient bien de tirer profit:

« Peut-être l’histoire de l’Occident aurait-elle été différente si l’on avait adopté une manière symbolique, ouverte et sensible d’aborder la réalité au lieu des triomphales rhétoriques univoques que nous connaissons. Je répète: l’histoire serait peut-être différente. Et c’est précisément là que cette œuvre extraordinaire de Teresa Forcades i Vila, La théologie féministe dans l’histoire, que le lecteur a dans les mains, vient à notre secours ».

Tolentino de Mendonça souligne donc combien l’apostolat de Sœur Forcades doit être pris comme modèle pour « libérer » le christianisme des attaches dogmatiques du passé et du présent :

«Teresa Forcades i Vila est un nom qui, pour de nombreuses raisons, mérite d’être retenu. (…) Partout où elle agit, courageusement, sa méthode est la même: signaler les contradictions et étudier des alternatives d’interprétation qui soutiennent une rupture de sens et de civilisation. Un des convictions que nous laisse ce livre est que le futur du christianisme dépend beaucoup du processus de déblaiement que nous serons capables de faire de son passé et de son présent. Il y a beaucoup de choses étouffées, trop de vie tenue secrète, il y a une répression culturelle qui fait que l’histoire, dans sa version dominante, cache ce qui la met en question et la propulse vers d’autres directions. L’Évangile de Saint Jean dit que “l’Esprit souffle où il veut ” (Jn. 3,8), mais l’histoire ne le sait pas toujours. Aujourd’hui, nous avons besoin d’écouter la même chose racontée autrement, signalée par d’autres voix, de discours insolites, à partir d’autres expériences ».

Le mérite de Sœur Forcade, toujours selon Tolentino de Mendonça, serait donc d’avoir mis en évidence l’importance de l’éthique des relations libérées de normes rigides et codifiées:

«Teresa Forcades i Vila nos rappelle la chose essentielle: que Jésus de Nazareth n’a fixé ni codes ni règles. Jésus a vécu. C’est à dire qu’il a élaboré une éthique de la relation, il somatisait la poétique de son message dans la visibilité de sa chair ; il a exposé comme prémisse son propre corps» [!!!].

Quels fruits spirituels obtiendront ceux qui participeront à ces exercices spirituels d’Ariccia au vu de ces prémisses?

Lupo Glori
Corrispondenza Romana
benoit-et-moi.fr