SORONDO ET LA DOCTRINE SOCIAL(IST)E DE L’EGLISE

Monsignor Sanchez Sorondo, presidente PAS
Riccardo Cascioli
www.lanuovabq.it

«Actuellement, ceux qui réalisent le mieux la doctrine sociale de l’Église sont les Chinois».
Cette phrase – qui débute une interview sur la Chine accordée à Vatican Insider (édition espagnole) – suffirait à provoquer le renvoi immédiat de Mgr Marcelo Sanchez Sorondo, Chancelier des Académies Pontificales des Sciences et des Sciences Sociales. En plus d’être une insulte au bon sens, une telle déclaration représente un mélange explosif d’ignorance abyssale (tant de la Doctrine sociale que de la situation en Chine), de dépendance idéologique et de mépris pour les chrétiens chinois, qui souffrent encore de graves persécutions.

C’est une mixture qui révèle impitoyablement l’inadéquation totale du prélat argentin pour occuper une fonction aussi délicate au Vatican. D’autant plus que cette déclaration initiale est suivie d’une série d’inepties qui décrivent la Chine populaire comme une sorte de paradis terrestre, un peu comme les anciens communistes italiens se représentaient l’Union soviétique de Staline. Respect de l’environnement, priorité au travail pour tous, il n’y a pas de bidonvilles, il n’y a pas de drogue, et ainsi de suite dans le délire. Ceux qui veulent approfondir trouveront une réfutation précise des déclarations de Mgr Sorondo sur AsiaNews, et chez Aldo Maria Valli.

Mais le plus incroyable [1], c’est qu’à l’appui de ses thèses sur le service du bien commun que le régime chinois promouvrait, Sorondo cite l’économiste Stefano Zamagni [2] qui l’en aurait «assuré» personnellement. Sollicité par nous au téléphone, le professeur Zamagni tombe évidemment des nues et – en plus de renvoyer à ses livres et à ses interventions publiques pour connaître sa pensée – il souligne qu’ «on ne peut parler du bien commun que dans la tradition chrétienne». On peut dire de la Chine qu’elle a promu ces dernières années des politiques visant à «réduire les inégalités économiques», mais parler du bien commun est tout simplement ridicule; et même, Zamagni met en garde contre le fait de s’arrêter à la seule augmentation du PIB sans considérer d’autres indicateurs sociaux qui donnent une image beaucoup moins idyllique de la Chine.

Malheureusement, nous sommes à peu près certains qu’une fois de plus, il ne se passera rien. Parce que – et nous tenons à le souligner -, la sortie sur la Chine n’est pas une simple gaffe – aussi absurde soit-elle – d’une personnalité pittoresque mais, tout compte fait, inoffensive. Si c’était le cas, on se contenterait d’en rire. Non, la situation ici est bien plus grave. Les absurdités sur la Chine s’inscrivent dans le contexte plus large de la capitulation du Saint-Siège face au régime de Pékin, qui au Vatican est dépeint sous un jour déraisonnablement optimiste.Ainsi, la sortie de Sorondo, qui a représenté le Saint-Siège en Chine pour une conférence internationale sur la transplantation d’organes, révèle une attitude envers la Chine qui va bien au-delà de ses préférences personnelles.

En outre, Mgr Sorondo, avec ses Académies, est devenu ces dernières années le point de référence du virage « humanitariste » du Saint-Siège qui, par exemple, a permis l’infiltration au Vatican des représentants les plus notoires du mouvement pour le contrôle des naissances. Ce n’est pas un hasard si des ouvertures importantes ont vu le jour sur le thème de la contraception. Sans parler de la tentative de faire passer une hypothèse scientifique – celle d’un réchauffement climatique catastrophique causé par les activités humaines – comme magistère authentique. Et les choses ont tellement mûri qu’il y a quelque temps, Mgr Sorondo a pu affirmer en toute tranquillité que «nous vivons un moment magique parce que pour la première fois, le discours de l’Église et le discours du monde représenté par les Nations Unies vont de pair». Un moment magique, autant que la situation en Chine est magique.

Mais c’est précisément là que réside l’enjeu: l’alignement de l’Église catholique à la pensée du monde. Et là, Sorondo n’est qu’un pion.

 NDT

[1] Pour moi, le plus incroyable c’est qu’il n’y ait pas eu de mise au point immédiate de la Salle de Presse du Saint-Siège, pourtant si prompte à démentir le cardinal Zen.

[2] Nommé par Jean-Paul II en 1991 consultant du Conseil Pontifical Justice et Paix, il aurait contribué à ce titre à la rédaction de Caritas in veritate pour Benoît XVI, et François l’a nommé en 2013 « Membre ordinaire de l’Académie Pontificale des Sciences ».

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