Les juifs russes en Amérique et les relations russo-américaines

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 Par Dmitry Orlov – Source Club Orlov

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En essayant de démêler l’état tendu actuel des relations entre les États-Unis et la Russie, un groupe mérite un niveau d’attention plus élevé, ce sont les juifs américains. C’est le groupe de population le plus important que les deux pays ont en commun : sur les 5 ou 6 millions de juifs vivant actuellement aux États-Unis (les chiffres varient selon la façon dont on mesure la « judéité »), environ un million a immigré aux États-Unis depuis l’ancienne Union soviétique, soit directement, soit après un séjour en Israël. Le gouvernement des États-Unis les a acceptés volontiers, leur accordant le statut de réfugiés ; ainsi, ils sont entrés dans la société américaine avec une identité politisée, nettement anti-russe, et leurs attitudes anti-russes ont eu un effet sur l’opinion de nombreux juifs non-russes et aussi d’autres Américains.


Les juifs russes sont de loin le groupe le plus éduqué qui a immigré aux États-Unis. Ils se sont très bien intégrés dans la société américaine et beaucoup d’entre eux, ainsi que leurs enfants, ont pu commencer une carrière professionnelle. Leur expérience directe de la vie en Russie leur a permis de se positionner en tant qu’experts sur tout ce qui concerne le russe et, dans une large mesure, a permis à ce groupe relativement restreint d’influer négativement sur l’attitude de 322 millions d’Américains envers 144 millions de Russes au sein de la Fédération de Russie ainsi que sur la trentaine de millions de Russes résidant à l’extérieur. C’est un accident malheureux de l’histoire qu’un groupe d’environ un million de personnes ait, plus ou moins par inadvertance, aigri les relations entre un demi-milliard de personnes.

Il y a beaucoup de morceaux compliqués dans cette histoire. Une partie de cet héritage est l’héritage de la guerre froide, qui a généré beaucoup d’inertie institutionnelle aux États-Unis, ce qui a amené ceux-ci à continuer à traiter la Russie comme un ennemi. Une partie de cette influence, spécifiquement des juifs israéliens, et des juifs en général, sur la politique américaine est étrangement disproportionnée. Une autre partie de l’énigme a trait aux avantages que les juifs russes émigrés aux États-Unis ont retiré en disant qu’ils ont été victimes du gouvernement soviétique ou de l’antisémitisme russe. Un dernier aspect, particulièrement délicat, a trait à la nature de l’identité juive et à la façon dont elle s’est historiquement heurtée et continue de se heurter à ce que signifie être un juif russe.

Je parlerai de chacun d’eux à tour de rôle, mais je veux d’abord divulguer ce qui me permet d’écrire sur ce sujet. Je suis né et j’ai grandi en Russie dans les années 1960 et 1970, puis j’ai émigré dans le cadre d’une vague d’émigration principalement juive, je suis entré aux États-Unis en tant que réfugié et j’ai été naturalisé cinq ans plus tard. Un parent israélien fictif ou deux ont figuré dans notre demande de visa de sortie, même si nous n’avions aucune intention de nous rendre en Israël. J’ai beaucoup de parents juifs, mais pas assez pour faire de moi un juif. Nous sommes tous des chrétiens orthodoxes russes, et nous le sommes depuis longtemps, de 3 à 40 générations (selon la branche généalogique). Chez nous, nous n’avons jamais rien parlé d’autre que le russe. Nous sommes retournés en Russie le plus tôt possible – en 1989, dès que les émigrés ont commencé à obtenir des visas – et nous faisons la navette depuis. Tout cela fait de moi un expert sur ce sujet.

Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur le sujet de l’inertie de la guerre froide américaine, alors je vais résumer cela en quelques phrases. Les États-Unis sont pris en otage par une bureaucratie militaire hypertrophiée, inefficace et généralement incompétente dont la seule supériorité écrasante est d’extorquer des sommes d’argent exorbitantes pour ses projets, dont beaucoup sont des échecs. Pour que cette extorsion fonctionne, il faut pouvoir argumenter qu’il y a un ennemi pour justifier la défense du pays. Pendant la guerre froide, l’ennemi était, très commodément, l’URSS. Après l’effondrement de l’URSS, il y eut une période d’hésitation, au cours de laquelle la « mafia russe » a été fortement mise en lumière, juste pour garder à jour une image de l’ennemi. Mais une nouvelle et « heureuse » occasion s’est présentée après les attentats terroristes du 11 septembre (qui, selon beaucoup, ont été perpétrés uniquement dans ce but) pour présenter le terrorisme international comme le nouvel ennemi. Cette ruse a maintenant perdu son utilité parce que les terroristes sont maintenant plus efficaces que jamais, et il est donc temps de se taire au sujet du terrorisme et de revenir au plan A : cultiver la russophobie (avec la Chine maintenant jetée en pâture pour faire bonne mesure). Il est vrai que la Russie, après s’être rétablie de la dévastation de l’effondrement soviétique, est un ennemi un peu plus redoutable qu’elle ne l’était à l’époque de la « mafia russe », mais la russophobie est toujours essentielle et nécessite un flux constant de nouvelles histoires et de commentaires négatifs sur la Russie. C’est ici que les juifs russes, certains vivant aux États-Unis, certains allant et venant entre les États-Unis et la Russie, sont heureux de donner un coup de main, puisqu’ils sont, sans aucun doute, des experts en la matière sur tout ce qui concerne le Russe.