Le Pape comme Berger égaré 

Critique de livre

Phil Lawler et son livre 

N’étant ni Traditionaliste, ni Lefebvriste…
Convaincra-t-il les Catholiques bien intentionnés ayant encore des illusions ?

Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five

Lost Shepherd : How Pope Francis misleading his flock
Le Berger égaré : Comment le Pape François trompe son troupeau

Philip Lawler
Gateway Editions
256 pages 

Un ouvrage qui attire déjà l’attention des médias internationaux malgré une date de publication dans près de deux mois ( fin février ) est le prochain livre de Phil Lawler : Le berger égaré. Comment le Pape François trompe son troupeau. 

Le berger égaré ( pour votre information : j’ai reçu une copie gratuite pour préparer cette critique ) est encore un autre livre offrant un regard critique sur le Pape François et son règne actuel sur l’Église Catholique. Auparavant, deux autres livres ont adopté une approche similaire : d’abord, George Neumayr Le Pape politique. Comment le Pape François ravit la gauche et abandonne les conservateurs ; et. en second lieu, le livre récent de l’écrivain Marcantonio Colonna Le Pape dictateur . ( Un autre gros livre dans la même veine arrivera en mars 2018, avec le journaliste Ross Douthat’s du New York Times : Changer l’Église : le Pape François et l’avenir du Catholicisme ). 

Sandro Magister, spécialiste Italien du Vatican, a récemment discuté le prochain livre de Lawler. Comme il le dit, Lawler est :

« L’un des écrivains Catholiques avec le plus d’autorité et équilibré aux États-Unis. Il a été rédacteur en chef de « Catholic World Report », le magazine d’information d’Ignatius Press, la maison d’édition fondée par le Jésuite Joseph Fessio, un disciple de Joseph Ratzinger. Et aujourd’hui, il dirige « Catholic World News ». Il est né et a grandi à Boston. Il est marié et père de sept enfants ».

Avant d’examiner plus en détail les critiques de Lawler à l’égard du Pape François, il convient de préciser que la plus grande importance du livre de Lawler ne réside pas dans sa nouveauté d’approche ou dans son originalité d’argumentation ; il est plutôt significatif parce que Lawler est un conservateur Catholique éminent et très respecté — c’est-à-dire un Catholique qui n’est pas connu comme un Traditionaliste rigoureux, et donc, pas un critique papal évident ou qui le rejette facilement. Lawler précise dans le livre qu’il s’identifie à l’enseignement des deux Papes précédents, le Pape Jean-Paul II et le Pape Benoît XVI, et qu’il les considère encore comme un rempart contre certains des développements sournois et spécieux de notre temps. C’est par exemple l’opinion de Lawler que l’on devrait approcher le second Concile du Vatican par « l’herméneutique de la continuité » de Benoît, qui implique que tous les enseignements du Concile de 1962-1965 peuvent et doivent être réconciliés avec l’enseignement traditionnel vieux de 2 000 ans de l’Église Catholique.

Une telle perspective devrait être un contre-argument contre ceux qui prétendent que la résistance aux « réformes » du Pape François est principalement d’origine « Lefebvriste » ou « Traditionaliste ». Andrea Tornelli, un confident du Pape et journaliste pour Vatican Insider de La Stampa, a récemment écrit de cette façon :

« Le philosophe Rocco Buttiglione a commenté la « Correctio Filialis » qui accusait le Pape François de propager des enseignements hérétiques : « À l’origine des nombreuses critiques doctrinales contre le Pontife actuel, il y a aussi l’opposition à ses prédécesseurs et finalement au Concile ». Et maintenant cette observation trouve confirmation dans un livre signé par Enrico Maria Radaelli, qui critique la pensée théologique de Joseph Ratzinger et son oeuvre fondamentale intitulée « Introduction au Christianisme » et a été endossé par le théologien Antonio Livi, ancien professeur à Latran et signataire de la « Correctio ». Je ne connais pas tous les autres signataires de la Correctio —a dit Buttiglione en octobre dernier — Parmi ceux que je connais, certains sont Lefebvristes. Ils étaient contre le Concile, contre Paul VI, contre Jean-Paul II, contre Benoît XVI et maintenant ils sont contre le Pape François. [Nous soulignons]

Au contraire, ce qui pourrait devenir le livre le plus important qui jette un regard critique sur le Pape François a maintenant été écrit par un Catholique non-Traditionaliste, pour ainsi dire ! En fait, mon propre mari, le Dr Robert Hickson, a d’abord rencontré et débattu avec M. Lawler en 1985, lorsque ce dernier était venu au Collège Chrétien pour prononcer un discours élogieux sur le Pape Jean-Paul II et sa Relatio Finalis du Synode Extraordinaire des Évêques en1985 ( 20 ans après Vatican II ), qui était un éloge du Concile Vatican II lui-même ainsi que de ses vingt années subséquentes. ( Ce qui importe de savoir, c’est que ce document a été rédigé par le Cardinal Godfried Danneels ). Mon mari — alors professeur et directeur du département de littérature au Collège Chrétien — a défié M. Lawler ( ainsi que le professeur de philosophie Chrétienne Russell Hittinger ) — et avec cela le Concile — concernant certains de ses aspects problématiques. Il a ensuite demandé si le Collège souhaitait réellement « préserver la révolution du Concile Vatican II » et il a ajouté qu’il croyait que certaines parties de l’enseignement du Concile ne pouvaient être conciliées avec la Tradition de l’Église, en particulier sur la liberté religieuse, le syncrétisme et l’indifférentisme, et aussi sur la grâce, sur une conscience sincère mais erronée ainsi que sur la nature même de l’Église ( de Ecclesia).

Nous espérons que ce débat se poursuivra de bonne foi avec M. Lawler à un moment donné. Ayant pris la position inverse dans ce débat précédent, honorons-le maintenant pour son courage à prendre une telle position sur la crise actuelle dans l’Église.

Pour de nombreux lecteurs de One Peter Five, le livre de Lawler servira surtout à une revue de ce que nous avons également rapporté de près au cours de ce pontificat, et ça avance étape par étape. Le livre de Lawler est organisé selon une chronologie — à commencer par l’élection du Pape François et sa première rédaction programmatique — Evangelii Gaudium — et plus tard en décrivant les deux Synodes des Évêques sur la Famille et l’Exhortation post-synodale Amoris Laetitia. Il aborde également différents thèmes problématiques de cette papauté, tels que la réforme de la Curie du Pape François, ses déclarations sur la contraception, la question du genre ( la fameuse « elle qui est lui » ! ), l’Islam, l’environnementalisme et plus encore. Il termine le livre en discutant de la question de savoir si un Pape peut se tromper et de ce que pourrait être la réponse du clergé et des laïcs.

Dans ce qui suit, nous ne résumerons pas la description de Lawler de la trajectoire des étapes papales révolutionnaires — à bien des égards très douloureuses —, mais nous nous concentrerons sur les évaluations et les critiques que M. Lawler présente en cours de route. Comme il le dit au début de son livre :

« J’ai fait de mon mieux pour donner de l’assurance — à mes lecteurs et parfois à moi-même — que, malgré ses remarques parfois alarmantes, François n’était pas un radical, qu’il n’éloignait pas l’Église des anciennes sources de la Foi. Mais peu à peu, à contrecœur, je suis arrivé à la conclusion qu’il l’était. […] J’ai trouvé que je ne pouvais plus prétendre que François offrait simplement une interprétation nouvelle de la Doctrine Catholique. Non, c’était plus que ça. Il était engagé dans un effort délibéré pour changer ce que l’Église enseigne ». [Nous soulignons]

Comme beaucoup d’entre nous l’ont rapporté , le propre conseiller théologique de François, l’Archevêque Victor Fernández, avait déjà clairement indiqué en 2015 que le Pape visait une « réforme irréversible ». Voici comment Lawler commente cette affaire. Après avoir parlé de la façon dont les fidèles Catholiques, essayant de maintenir leur Foi, avaient connu sous le précédent Pape le « soutien du Vatican », il continue en disant :

« Plus maintenant. François a rouvert le débat sur la continuité de l’enseignement Catholique. Ses partisans le considèrent comme le libérateur de l’esprit de Vatican II, apportant un changement permanent à l’Église, tandis que ses détracteurs protestent que l’Église ne peut pas modifier sa Doctrine fondamentale ».

Et plus loin :

« Les conseillers les plus proches du Pape ont déclaré à plusieurs reprises que François avait l’intention non seulement de changer l’Église, mais aussi d’en verrouiller les changements. L’Archevêque Victor Fernández, un camarade Argentin qui a aidé le pontife à rédiger sa première Encyclique, a fait remarquer en 2015 : « Vous devez réaliser qu’il vise une réforme irréversible » ».

Lawler commente ainsi :

« Pour les Catholiques qui ont survécu à deux générations de confusion et de conflit, accrochés à des croyances qu’ils jugent précieuses, la perspective d’un « changement irréversible » dans le sens proposé par Fernández est terrifiante ».

En ce qui concerne le retrait du Cardinal Gerhard Müller de son poste de Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en juillet 2017 — comme exemple de la façon dont le Pape traite ceux qui s’opposent à sa « réforme irréversible » — Lawler voit un « renversement frappant des rôles ». Il dit :

« Ce n’était pas l’inquisiteur général Allemand sévère mais le souriant Pape Argentin — censé être l’incarnation de la miséricorde et de la compassion — qui demandait un acquiescement inconditionnel à son autorité ».

Cette citation démontre que Phil Lawler a franchi le seuil d’essayer d’atténuer ou de mâcher ses mots. Il revient sur la manière du Pape de traiter avec les critiques au Vatican en disant :

« Dès le début de son pontificat, François n’a montré aucune patience avec les fonctionnaires de la Curie Romaine qui ont mis en doute sa politique. Alors que les tensions augmentaient, le moral a chuté dans les bureaux du Vatican. Les rapports diffusés dans les médias Italiens — trop nombreux pour être ignorés — de membres du personnel rappelés devant le Pape pour des réprimandes en raison de remarques spontanées dans des conversations privées. Le Pape a exigé le limogeage immédiat de trois clercs du personnel de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, refusant avec colère de donner une explication et insistant sur le fait qu’il avait le pouvoir d’insister sur leur obéissance ».

En ce qui concerne certains des proches conseillers du Pape, M. Lawler a aussi quelques paroles dures à dire. Le bilan du nouveau Président de l’Académie Pontificale pour la Vie, Mgr Vincenzo Paglia, est « troublant ». Il est responsable « d’un guide choquant d’éducation sexuelle qui présente des images explicites, qui enseigne aux enfants les techniques sexuelles et qui encourage la discussion sur la sexualité ». Un autre conseiller, le Cardinal Oscar Maradiaga du Honduras, « n’a pas été un pasteur remarquablement réussi chez lui ». Alors que le nombre de Catholiques dans son diocèse s’effondrait, Maradiaga était « la quintessence de l’« Évêque de l’aéroport » que François dénonce et qui est en avion autour du monde pour donner des discours plutôt que de s’occuper de son troupeau ». Le Cardinal Allemand Reinhard Marx « a, comme Maradiaga, présidé à l’effondrement de l’Église dans son propre diocèse ». Le Pape François, dit Lawler, « aspire à « une Église pauvre, pour les pauvres » ». Mais : « Il ne trouvera pas cette Église en Allemagne ». Lawler continue à montrer l’immense richesse matérielle de l’Église Catholique Allemande — une richesse amassée au milieu d’un « exode massif des bancs d’église ».

Lawler parle aussi du dénigrement constant du Pape envers les fidèles Catholiques. Cela semble être l’un des aspects de cette papauté qui est le plus offensant pour Lawler. Comme il le dit au début de son livre :

« Chaque jour je prie pour le Pape François. Et chaque jour ( j’exagère, mais seulement légèrement ), le Pape nous rappelle qu’il n’approuve pas les Catholiques comme moi ».

Lawler décrit ainsi le discours du Pape à un autre endroit :

« Une lecture rapide des homélies quotidiennes du Pape révèle une rhétorique sévère, des reproches cuisants et des dénonciations coléreuses, comme nous n’en avons pas entendu dire depuis des générations par un pontife romain ».

En outre, Lawler aborde la question de la « Mafia de Saint-Gall » ( le titre d’un sous-chapitre de son livre ), bien qu’il ne parvienne pas à une conclusion claire quant à savoir si elle a indûment influencé l’élection du Pape François ou non. Comme l’auteur le dit :

« Peut-être qu’il n’y avait pas de conspiration active ou de campagne illicite pour l’élection de Bergoglio. Peut-être que trois Cardinaux différents — Danneels, Murphy-O’Connor et McCarrick — ont exagéré leurs propres rôles dans le processus pour le bénéfice d’en faire une bonne histoire. Mais il ne fait guère de doute qu’un groupe de prélats libéraux considérait le Cardinal Argentin comme leur meilleur espoir de changements dans l’Église ».

Lawler montre qu’il y a un certain manque de sérieux chez le Pape quand il a demandé au Cardinal Christoph Schönborn après avoir promulgué son Exhortation post-synodale Amoris Laetitia pour savoir si c’était « orthodoxe », et pour se montrer « réconforté » après une réponse positive du Cardinal Autrichien. Lawler commente :

« C’était à prévoir que François consulte Schönborn, un de ses proches conseillers et un théologien respecté. Mais il a apparemment cherché l’assurance de l’orthodoxie de son document après que le document ait été publié. Publier le document d’abord et solliciter des opinions sur sa solidité doctrinale plus tard témoigne d’une approche dangereusement insouciante de l’intégrité de la Foi». [Nous soulignons]

Enfin, tournons-nous vers la discussion plus fondamentale de Lawler sur les « limites de l’autorité papale », le titre de l’un de ses autres sous-chapitres. Lawler dit clairement que « quand [le Pape] parle de questions de Foi et de morale, il y a certaines choses que le Pape ne peut pas [ ne pourrait pas dire ] ». L’auteur donne un exemple :

« Le Pape ne peut pas dire que 2 + 2 = 5. Il ne peut pas non plus abroger les lois de la logique. Donc, si le Pape fait deux déclarations contradictoires, elles ne peuvent pas avoir raison toutes les deux. Et puisque chaque pontife jouit de la même autorité pédagogique, si un Pape contredit un autre Pape, quelque chose ne va pas.

Appliquant ce principe de non-contradiction, Lawler conclut lui-même, comme suit :

« Ainsi, si Amoris Laetitia contredit Veritatis Splendor et Casti Connubii — des anciennes Encycliques papales, qui s’élèvent à un plus haut niveau d’autorité pédagogique — les fidèles ne peuvent pas être obligés d’avaler la contradiction ». [Nous soulignons]

Dans le contexte de certaines déclarations publiées par Rocco Buttiglione, le philosophe Catholique et défenseur d’Amoris Laetitia , Lawler fait clairement apparaître ce principe de non-contradiction lorsqu’il dit :

« Ainsi, Buttiglione suppose qu’un couple doit rester ensemble, même dans un mariage illicite, pour le bien de ses enfants. Mais cette supposition contredit la compréhension du Mariage énoncée par un pontife précédent. Dans son encyclique Casti Connubii de 1930 , Pie XI, citant Saint Augustin, écrit que le lien conjugal est si sacré qu’un « mari ou une femme, s’il est séparé, ne devrait pas être uni à un autre, même pour des raisons de progéniture ».

Nous espérons que les extraits présentés ici donneront suffisamment de sens à nos lecteurs pour voir que l’Église Catholique a dans Phil Lawler un fidèle laïc Catholique, loyal et moralement désireux d’adopter une position lucide face à un trop insouciant ( et souvent abrupt ) Pape qui est un « berger égaré » et qui « égare les brebis ». Puisse le livre de Lawler aider à ouvrir les yeux de nombreux Catholiques bien intentionnés qui ont encore des illusions sur ce Pape, en particulier pour leur Salut et le Salut de leurs enfants.