L’hérésie au pouvoir

Radaelli

par Antonio Livi

Je pense qu’il est essentiel, dans la situation théologique et pastorale, prendre en compte ce qui a démontré de manière exhaustive Enrico Maria Radaelli dans son dernier ouvrage ( « Au cœur de Joseph Ratzinger. Au cœur du monde« Questions Pro-manuscripto Domus Aurea, Milan 2017), à savoir que l’hégémonie (avant le fait, puis à droite) de la théologie libérale dans le magistère des structures de l’Église catholique et le gouvernement doit aussi et peut-être surtout les enseignements de Joseph Joseph Ratzinger professeur, qui n’a jamais été nié et même dépassé par Joseph Ratzinger évêque, cardinal et pape. Cette thèse, qui a ainsi énoncé pourrait sembler beaucoup inacceptable (je fais référence à tous ceux qui jusqu’à présent avaient vu Joseph Ratzinger comme cardinal préfet de la congrégation pour la la doctrine de la foi et plus tard comme le pape Benoît XVI un rempart contre providentiel ce qu’il a appelé la « dictature du relativisme »), a une justification scientifique appropriée dans le livre de Radaelli,qui analyse page par page le texte fondamental de Joseph Ratzinger, le « Einführung in das Christentum: Vorlesungen über das Apostolische Glaubensbekenntnis », publié en 1968, un remaniement des classes de théologie enseignées au cours des six mois précédents alors un jeune professeur à l’Université de Tübingen et avait dans le texte original vingt-deux éditions, le dernier en 2017. Continuer la lecture de « L’hérésie au pouvoir »

L’Adoration des Bergers est une grande peinture – mais elle appartient à une église, pas à une galerie

par le 

Même un visiteur occasionnel à la National Gallery ne peut s’empêcher d’être frappé par cette belle image , L’Adoration des bergers de Guido Reni, surtout à cette période de l’année.

Guido n’a plus de mode depuis très longtemps. Il était originaire de Bologne, qui, d’ailleurs, a une grande collection de ses œuvres, et a fait la plupart de son travail dans les États pontificaux et à Rome même, ainsi qu’à Naples. Comme on pouvait s’y attendre, son travail est principalement religieux, avec quelques excursions dans la mythologie. Son travail religieux a été rejeté comme la production typique de contre-réforme au service de l’Église, dépourvue de la véritable étincelle créatrice. Je me souviens de mon guide à Bologne m’informant que l’art ne peut pas s’épanouir sous une dictature totalitaire telle que celle de la papauté: un jugement qui reflète une mauvaise connaissance à la fois de l’histoire et du catholicisme. D’ailleurs, Michel-Ange n’était-il pas lui-même sous le patronage de la papauté? Cela a-t-il émoussé sa vigueur créatrice?  Continuer la lecture de « L’Adoration des Bergers est une grande peinture – mais elle appartient à une église, pas à une galerie »

Le pari bénédictin

Rod Dreher est un journaliste américain renommé qui tient un blog sur The American Conservative. Converti au catholicisme (1993) puis à l’orthodoxie (2006), il a publié aux États-Unis un essai qui a connu une forte audience, Le Pari bénédictin, traduit en français en septembre dernier (1). Nous l’avons longuement rencontré, il tient un discours stimulant qui appelle au débat. 

La Nef – Vous êtes passé du protestantisme au catholicisme puis à l’orthodoxie : pourriez-vous nous expliquer votre itinéraire ?

Rod Dreher –Je n’étais pas un protestant très pratiquant : nous allions à l’église pour Pâques et pour Noël, mais c’était à peu près tout. Adolescent, j’ai rejeté en bloc le christianisme, auquel je reprochais sa mollesse et son esprit bourgeois. Etre chrétien signifiait adhérer à une sorte d’idéologie thérapeutique, réconfortante pour l’esprit mais en aucun cas exigeante. La vraie foi ne pouvait s’y apparenter. Les seuls chrétiens passionnés que je rencontrais étaient des fondamentalistes, dont l’esprit anti-intellectuel et les idées étroites me rebutaient franchement. Continuer la lecture de « Le pari bénédictin »